Monde
L'éolien est sur la sellette
Un pays au bord de la panne d'électricité ?
La saturation des lignes à haute tension menace l'Allemagne
de coupures de courant électrique. En cause, la production
instable de l'énergie éolienne.
Les situations d'urgence sont fréquentes. L'accusé
n° 1 est l'énergie éolienne, en plein essor,
mais avec une production très instable. « Les
jours de calme plat, peu de courant sort. Les jours de grand vent,
de très grosses quantités arrivent d'un coup sur
le réseau », souligne Rudolf Kreutzer, expert auprès
du centre d'étude des risques de l'assureur Allianz (AZT).
Conséquence : des centrales traditionnelles doivent être
ralenties pour éviter que les lignes à haute tension
ne surchauffent.
Par ailleurs, les éoliennes sont situées majoritairement
sur les côtes du nord de l'Allemagne tandis que leur production
doit être acheminée dans tout le pays. Or les réseaux
n'ont pas été conçus pour de si longues distances
car le principe de départ était que l'électricité
était consommée là où elle était
produite.
Ce principe est depuis longtemps en désuétude :
le transport d'électricité se fait à l'échelle
européenne -non sans incidents. Le 28 septembre 2003, l'Italie
continentale fut plongée dans le noir après un accident
en Suisse.
En novembre 2006, une panne sur deux lignes à haute
tension allemandes a failli mener l'Europe au black out.
On étudie l'hypothèse de
l'électricité faite maison
Selon Rudolf Kreutzer, la responsabilité des entreprises
est aussi engagée parce qu'elles n'ont guère investi
depuis la libéralisation du marché allemand, dans
les années 1990. A l'époque, l'électricité
était abondante et bon marché. Pour être plus
rentables, les producteurs ont fermé des centrales et délaissé
les réseaux.
Depuis, les prix ont flambé, la demande aussi. Pourtant,
le quatuor qui tient entre ses mains la production d'électricité
et son transport (EON, RWE, EnBW et Vattenfall) rechigne à
puiser dans ses caisses pour développer des réseaux
qu'il pourrait ensuite perdre. EON et consorts craignent que la
Commission européenne ne les force à s'en séparer,
au nom de la concurrence.
A cela s'ajoutent les résistances locales à la construction
de lignes et « un processus bureaucratique vraiment interminable
», selon l'expert d'AZT.
Mais la prise de conscience est en marche : pour éviter
à la fois de saturer les réseaux et de subir des
pénuries, on étudie l'hypothèse de l'électricité
faite maison. « Il n'y a pas si longtemps, les industriels
avaient leurs propres centrales électriques, qu'ils ont
vendues au nom du profit. Mais cela pourrait revenir à
la mode », souligne ainsi Rudolf Kreutzer.