UNE HOLLANDAISE CONTRE LES MOULINS À VENT
28.07.2008

Tandis qu'un nouveau projet de parc éolien est évoqué, des associations
ne cessent de clamer leur opposition à l'installation de nouveaux équipements.
Comme Vent funeste et sa fantasque présidente batave

Elle invective «la mafia éolienne», évoque les paysans en larmes au moment de vendre leurs terrains aux promoteurs. Puis elle brandit une carte du Danemark bourrée de points noirs représentant les turbines. Et s'extasie devant un livre qu'elle compte faire venir du Portugal et qui traite de la maladie de vibroacoustique liée à la rotation des pales. Mareille Schwartz possède l'arsenal intégral de la combattante anti-éolienne. Il y a quatre ans, elle quitte sa Hollande natale pour venir, en compagnie de son mari, s'installer dans une spacieuse demeure de la Vienne, à Genouillé. De touriste occasionnelle, elle devient apologiste de la beauté du patrimoine naturel de la région. Et prend la présidence de l'association Vent funeste qui comporte une douzaine de membres. Petite structure aux revendications bruyantes. «Quand j'entends les maires dires «ce n'est rien ici», ça m'énerve. Non, c'est une région sublime qu'il faut protéger de ces ignobles engins.»

A l'écouter, il existe une bonne douzaine de raisons pour lesquelles le développement de l'énergie éolienne est néfaste. Des raisons esthétiques, écologiques, économiques... «Horreurs esthétiques absolues», les éoliennes auraient un rendement insuffisant lié à l'activité intermittente du vent. Elles n'auraient pas grand intérêt environnemental, car en Allemagne par exemple des centrales thermiques ont été construites pour accroître la production. Elles provoqueraient de graves nuisances sonores, doublées de risques sérieux pour la santé.

«Massacre paysager»

Assistée de son conjoint Barend Ten Wolde, elle s'agite au-dessus des graphiques, pointe du doigt les fluctuations des courbes du vent, va chercher sa maquette censée illustrer le «massacre paysager» opéré.

En farfouillant dans ses dossiers, cette ancienne enseignante a découvert un petit article du bulletin municipal du village charentais du Bouchage. Quelques lignes qui dévoilent l'existence d'un projet de création de parc éolien regroupant six communes, trois dans la Vienne et trois dans notre département (en plus du Bouchage: Taizé-Aizie et Nanteuil-en-Vallée). Projet confirmé par le promoteur en charge du dossier, Maia Eolis.

Développeur éolien dans cette structure, Élise Kebaili explique: «C'est une réalisation de seize éoliennes, qui est actuellement soumise à plusieurs études, en particulier à une enquête faune et flore. Nous sommes encore loin de formuler la demande de permis de construire. Une réunion publique est prévue en septembre.»

Les municipalités sont d'accord sur le principe. Souvent sans conviction profonde. Jean-Pierre Demon, maire du Bouchage: «Si on peut mettre des éoliennes dans notre village, pourquoi ne pas le faire ? Tant qu'on nous assure que les turbines ne feront pas trop de bruit...» Marcel Picaud, maire de Taizé-Aizie, «on ne va pas bloquer le projet alors qu'une seule turbine est prévue sur notre commune. Et puis, on ne va pas cracher sur 7.000 euros de taxe professionnelle.»

Deux recours devant le tribunal administratif

Le maire de Nanteuil, Moïse Haumont, ne cache pas que cet aspect financier est sa principale source de motivation: «Notre village accueillera de quatre à six turbines. Et l'on toucherait de 10.000 à 12.000 euros par an et par turbine. C'est quand même une très jolie somme.»

Plus encore que les arguments précédemment avancés, c'est le manque d'information que fustige Mareille. Sur ces sommes par exemple rarement communiquées publiquement. «C'est quand même incroyable que de tels projets qui touchent au bien public ne soient pas discutés avec tous les habitants.» Alors, elle finit par adopter les méthodes de l'adversaire, et cultive le mystère. Vent Funeste a déposé deux recours devant le tribunal administratif pour demander la suspension de plusieurs permis de construire dans la Vienne. Mareille dit avoir constaté des vices de forme et de procédure, Elle n'en dira pas plus. Une pétition anti-éolienne a circulé dans son village. Silence là aussi quant au nombre de signataires.

Après l'envoi massif de courriers et les manifestations nationales, l'association a donc mis au point une stratégie moins tapageuse, mais qu'elle espère plus efficace face au développement constant des parcs éoliens. Pour que le vent finisse par tourner.







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