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Elle invective «la mafia éolienne», évoque
les paysans en larmes au moment de vendre leurs terrains aux promoteurs.
Puis elle brandit une carte du Danemark bourrée de points
noirs représentant les turbines. Et s'extasie devant un livre
qu'elle compte faire venir du Portugal et qui traite de la maladie
de vibroacoustique liée à la rotation des pales. Mareille
Schwartz possède l'arsenal intégral de la combattante
anti-éolienne. Il y a quatre ans, elle quitte sa Hollande
natale pour venir, en compagnie de son mari, s'installer dans une
spacieuse demeure de la Vienne, à Genouillé. De touriste
occasionnelle, elle devient apologiste de la beauté du patrimoine
naturel de la région. Et prend la présidence de l'association
Vent funeste qui comporte une douzaine de membres. Petite structure
aux revendications bruyantes. «Quand j'entends les maires
dires «ce n'est rien ici», ça m'énerve.
Non, c'est une région sublime qu'il faut protéger
de ces ignobles engins.»
A l'écouter, il existe une bonne douzaine de raisons pour
lesquelles le développement de l'énergie éolienne
est néfaste. Des raisons esthétiques, écologiques,
économiques... «Horreurs esthétiques absolues»,
les éoliennes auraient un rendement insuffisant lié
à l'activité intermittente du vent. Elles n'auraient
pas grand intérêt environnemental, car en Allemagne
par exemple des centrales thermiques ont été construites
pour accroître la production. Elles provoqueraient de graves
nuisances sonores, doublées de risques sérieux pour
la santé.
«Massacre paysager»
Assistée de son conjoint Barend Ten Wolde, elle s'agite
au-dessus des graphiques, pointe du doigt les fluctuations des courbes
du vent, va chercher sa maquette censée illustrer le «massacre
paysager» opéré.
En farfouillant dans ses dossiers, cette ancienne enseignante a
découvert un petit article du bulletin municipal du village
charentais du Bouchage. Quelques lignes qui dévoilent l'existence
d'un projet de création de parc éolien regroupant
six communes, trois dans la Vienne et trois dans notre département
(en plus du Bouchage: Taizé-Aizie et Nanteuil-en-Vallée).
Projet confirmé par le promoteur en charge du dossier, Maia
Eolis.
Développeur éolien dans cette structure, Élise
Kebaili explique: «C'est une réalisation de seize éoliennes,
qui est actuellement soumise à plusieurs études, en
particulier à une enquête faune et flore. Nous sommes
encore loin de formuler la demande de permis de construire. Une
réunion publique est prévue en septembre.»
Les municipalités sont d'accord sur le principe. Souvent
sans conviction profonde. Jean-Pierre Demon, maire du Bouchage:
«Si on peut mettre des éoliennes dans notre village,
pourquoi ne pas le faire ? Tant qu'on nous assure que les turbines
ne feront pas trop de bruit...» Marcel Picaud, maire de Taizé-Aizie,
«on ne va pas bloquer le projet alors qu'une seule turbine
est prévue sur notre commune. Et puis, on ne va pas cracher
sur 7.000 euros de taxe professionnelle.»
Deux recours devant le tribunal administratif
Le maire de Nanteuil, Moïse Haumont, ne cache pas que cet
aspect financier est sa principale source de motivation: «Notre
village accueillera de quatre à six turbines. Et l'on toucherait
de 10.000 à 12.000 euros par an et par turbine. C'est quand
même une très jolie somme.»
Plus encore que les arguments précédemment avancés,
c'est le manque d'information que fustige Mareille. Sur ces sommes
par exemple rarement communiquées publiquement. «C'est
quand même incroyable que de tels projets qui touchent au
bien public ne soient pas discutés avec tous les habitants.»
Alors, elle finit par adopter les méthodes de l'adversaire,
et cultive le mystère. Vent Funeste a déposé
deux recours devant le tribunal administratif pour demander la suspension
de plusieurs permis de construire dans la Vienne. Mareille dit avoir
constaté des vices de forme et de procédure, Elle
n'en dira pas plus. Une pétition anti-éolienne a circulé
dans son village. Silence là aussi quant au nombre de signataires.
Après l'envoi massif de courriers et les manifestations
nationales, l'association a donc mis au point une stratégie
moins tapageuse, mais qu'elle espère plus efficace face au
développement constant des parcs éoliens. Pour que
le vent finisse par tourner.
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