Pluie
deuros sur les éoliennes du Frugeois
JEAN-JACQUES HILMOINE se frise la moustache. Les éoliennes vont commencer
à pousser en juillet. Soixante-dix machines. Pas les 134 du départ,
mais du bonheur, quand même. La cour administrative dappel de
Douai a ressuscité mi-décembre 31 mâts, dont les permis
de construire avaient été annulés en première
instance. Le président de la communauté de communes du canton
de Fruges (au coeur dun triangle Montreuil - Saint-Pol - Saint-Omer)
et maire de ce bourg de 2500 habitants, au coeur des 7 Vallées, retrouve
tout sourire son plus grand parc éolien de France, 140MW, « 30%
de la production électrique éolienne de France, de quoi alimenter
une ville de 200000 habitants en énergie domestique ». Et de
se lécher les babines à lévocation des tonnes deuros
qui vont sabattre.
«La bagarre,
jaime ça»
«Laxe prioritaire, cest le développement économique,
clame le maire (PS), tranquillement installé dans son bureau où
trône un portrait de François Mitterrand. Lancien principal
de collège a payé de sa personne. Ferraillant dur avec une association
dhabitants, opposée au gigantisme du projet. «Mais la bagarre,
jaime ça», dit celui qui na rien du mélancolique
resté bloqué sur un quai de gare. «La notion de "beau",
je ne connais pas. On aime ou on naime pas.
Moi, les éoliennes, jaime, mais je suis dabord pragmatique.
Notre territoire doit changer. Nous devons faire en sorte dattirer.»
Les éoliennes donnent le tournis au tiroir-caisse. Le parc va rapporter.
Gros. «2M€ de taxe professionnelle par an pour la communauté.
Pour le foncier bâti, entre 5 et 6 000 € par éolienne seront
versés aux communes qui ont des machines sur leur territoire. Il y
a aussi la redevance pour accessibilité aux éoliennes, versée
aux communes si elles permettent laccès à la plate-forme
aménagée: 1524€ par machine. Les agriculteurs recevront
aussi 6097€ par an de location de terrain pour une machine de 2 mégawatts.»
Cerise sur le gâteau? «Ostwind sest engagé à
nous verser 1% du chiffre daffaires.
Légalement, ils nont pour linstant pas le droit de nous
verser cette somme. Nous sommes en train de chercher des solutions.»
Et ce quil y a de bien, avec léolienne, «cest
quon ne met pas la main à la poche. Contrairement aux zones dactivité».
Dailleurs, poursuit lélu, «jen démarre
une troisième: six entreprises sont déjà sur les rangs.
Les deux zones que jai créées sont déjà
pleines. Ces rentrées financières permettront de poursuivre
le développement économique.»
Le parc éolien devrait faire naître, affirme Jean-Jacques Hilmoine,
une trentaine demplois directs. «La société Ostwind
(qui va installer les éoliennes) va embaucher 20 personnes pour assurer
la gestion des 70 machines.» Un atelier de maintenance sera installé
sur la zone dactivité, à côté des locaux
Ostwind: une dizaine demplois. «Priorité sera donnée
aux locaux », affirme le président, qui entend aussi négocier
limplantation dans le canton dune usine de montage déoliennes.
Les euros serviront aussi, entre autres, à recruter le personnel de
la future Maison de la petite enfance intercommunale (8 personnes), du béguinage,
de lEspace jeune
«Je vais aussi pouvoir renforcer ladministration
de la communauté.» Là aussi, au rayon des emplois indirects,
la communauté de communes mise sur une «trentaine de postes»
créés. Il allait oublier: « Ostwind sest engagé
à construire une maison de léolien et des produits régionaux.»
Ostwind
finance la culture
La société allemande prend des airs de mécène
à Fruges. Allant même jusquà financer en partie
un opéra de Mozart, Cosi fan tutte , programmé en novembre prochain.
«Logique, cest lannée Mozart! Et je souhaite que
nos ruraux aient accès à la culture!» Le portefeuille
de la population y trouvera aussi son compte. «La fiscalité,
cest certain naugmentera plus.»
Nempêche. LAssociation de défense de lenvironnement
frugeois a bien failli réussir sur le plan juridique à amputer
le parc dune partie de ses mâts.
Jean-Jacques Hilmoine connaît bien les deux fers de lance de lassociation,
les Hélio. «Je les ai eus en classe. Ils se sont fait manipuler
par Vents de colère, une association qui avait pour but dempêcher
le développement de léolien et qui a recruté ses
membres chez les ex-cadres du nucléaire.
» Un silence. Il dit, avec lair songeur du vainqueur surpris davoir
dû tant en découdre: « Quand on voit quun projet
dintérêt général peut être bousculé
à ce point par cinq ou six personnes, ça interroge, quand même
»
Textes :
Nicolas FAUCON
Photos :
Christophe LEFEBVRE
http://www.lavoixdunord.fr/vdn/journal/2006/01/15/REGION/ART3.phtml
Pour Angélique et Jérôme Hélio, membres de lADEF,
un parc de 20 à 30 machines aurait été plus raisonnable
Une association dhabitants condamne le gigantisme du projet
«PARFOIS, on se sentait un peu comme Don Quichotte. Mais on a limité
la casse. Dire quau départ, 134 machines étaient prévues
»
Dans lappartement arrageois du frère, Jérôme et
Angélique Helio, originaires de Coupelle-Vieille (au nord-ouest de
Fruges) et jeunes fers de lance de lAssociation de défense de
lenvironnement frugeois (250 membres), adversaires les plus virulents
du parc éolien de Jean-Jacques Hilmoine, encaissent le coup.
Lassociation ne devrait pas contester devant le Conseil dÉtat
larrêt rendu mi-décembre par la cour administrative dappel
de Douai qui a remis sur pied les 31 éoliennes envolées en première
instance. La faute aux finances, trop maigres. «Nous ne sommes quune
association dhabitants
»
Les deux restent farouchement hostiles au futur parc. En cause, son caractère
industriel. «Nous contestons le caractère industriel et le gigantisme
dun tel projet. Vingt ou trente éoliennes, pourquoi pas, estime
Jérôme Hélio, coordinateur en développement rural
dans une collectivité locale. Je comprends que lon cherche à
augmenter la manne financière de la communauté de communes.
Mais de là à tripler son budget! Et contrairement à ce
que lon dit, léolien en France ne contribue pas à
la diminution des gaz à effet de serre
»
Le maire de Fruges les dit manipulés? «Si cest son seul
argument
Et on na pas dactions à la Cogema non plus!»,
sourient-ils. Et de critiquer la description «infantilisante »
des machines, leurs impacts souvent minimisés. «Les randonneurs
vont-ils encore marcher au milieu de ces machines? Et on na jamais vu
dembouteillages à cause des touristes à Fauquembergues!»
«Trottoirs en or»
Létude dimpact commandée par Ostwind a révélé,
disent les Hélio, des points de mesures sonores supérieurs aux
normes. « Du côté de Coupelle-Vieille, létude
a relevé des émergences (différence entre le niveau sonore
"installation à larrêt" et le niveau sonore "installation
en fonctionnement") allant jusquà 13dB alors que la limite
est de 5 et 3dB», indique Angélique Hélio, directrice
des ressources humaines dans une entreprise arrageoise.
Le projet frugeois fait la part belle aux propriétaires privés
qui toucheront des loyers non négligeables, un peu plus de 6000€
par an et par machine. «On aurait préféré que les
communes ou la communauté de communes achètent ces terrains
et quelles perçoivent ces loyers:
la collectivité y aurait été gagnante
», déplore-t-elle.
La faune va souffrir quand les éoliennes tourneront, assure Jérôme
Hélio. «Il ny aura plus de zone de tranquillité.»
Et de conclure: «On va pouvoir se faire des trottoirs en or. Mais est-ce
la vocation du monde rural? Ce qui me reste en travers de la gorge, cest
quavec 35 éoliennes, le projet restait viable. Alors quau
début on a fait croire à la population que cétait
134 ou rien.»
Cest une tendance: dans toutes les campagnes françaises, lorsque
surgissent des pylônes de plus de 100 mètres de haut, comme ici,
les contestations de collectifs dhabitants se font de plus en plus vives.
Vu leur gigantisme, ces parcs ont du mal à sintégrer dans
le paysage. Les conditions économiques de léolien sont
aussi critiquées. Lénergie du vent bénéficie
dun prix de rachat par EDF de 8,35 centimes par kWh (kilowattheure),
par rapport à un prix de référence sur le marché
européen de 3,5 centimes. Jérôme Hélio: «Larrêté
Cochet subventionne ce type dinstallations.»
N.F.
Les éoliennes du parc frugeois seront installées à
Fruges, Créquy, Coupelle-Vieille, Hézecques, Verchin, Rimboval,
Radinghem et Ambricourt.
http://www.lavoixdunord.fr/vdn/journal/2006/01/15/REGION/ART4.phtml
Quelle présence dans la région?
À quoi ça sert? Cest la transformation de
la force du vent en électricité. Le vent fait tourner les pales,
elles-mêmes couplées à un rotor et à une génératrice.
Lorsque ça souffle fort (15km/h minimum), les pales tournent et entraînent
la génératrice qui produit de lélectricité.
Troisième région française
pour linstant.
À la suite du protocole de Kyoto et de la directive européenne
de septembre 2001, le pays doit, dici à 2010, produire 21% de
son énergie à partir des énergies renouvelables. Au 31décembre
dernier, selon lADEME (agence de lenvironnement et de la maîtrise
de lénergie), la France comptait 662,385MW de puissance installée.
La région est la troisième plus productive (62,53MW), derrière
le Languedoc-Roussillon (138,58MW) et la Lorraine (65MW). Au niveau mondial,
lAllemagne est au premier rang (16629MW), devant lEspagne (8263MW)
et les États-Unis (6740MW).
Un gros potentiel. «Les zones favorables (à limplantation
déoliennes) représentent 77% du territoire de la région»,
indique lADEME.
Les parcs existants. À Dunkerque, 2 éoliennes de
2MW; 2 de 2,5MW, une de 3MW. À Widehem, 6 éoliennes de 750kW.
À Wormhout, une éolienne de 400kW. À Bondues, 1 éolienne
de 750kW; à Toufflers, 2 machines de 150kW, au Portel, 3 de 750kW;
1 machine de 132kW au lycée Léonard-de-Vinci à Calais;
à Fauquembergues, 25 éoliennes de 1,5MW. Depuis novembre2005,
2 éoliennes de 2MW à Valhuon.
Et demain? Selon la direction régionale de lEnvironnement
(DIREN), les permis de construire de 203 éoliennes sont en cours dinstruction
(16 dans le Nord et 187 dans le Pas-de-Calais) par les préfectures
du Nord et du Pas-de-Calais. Si elles voient toutes le jour, elles produiront
une puissance de 422,75MW. Mais les capacités de raccordement, de consommation
et de transport délectricité produite par RTE posent des
difficultés
Les zones de développement éolien.
Actuellement, les élus locaux, au travers de schémas territoriaux
éoliens, repèrent où, sur leurs terres, des machines
pourraient être installées, comment. Une phase qui prépare
larrivée en juillet2007 des zones de développement éolien.
Intérêt de ces dernières? Les éoliennes installées
dans ces zones bénéficieront de tarifs de rachat préférentiels