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François Cardinal : La Presse
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Présentée comme une panacée écologique,
l'énergie éolienne ne remplit pas toujours ses promesses
en Europe. Un vaste bilan international sur le sujet révèle
que les gains environnementaux ont peut-être été surestimés.
Signé par ABS Energy, firme de consultation britannique spécialisée
en énergie, le document brosse un portrait de l'exploitation de
cette filière dans le monde, y compris au Canada. Obtenue par La
Presse, cette étude destinée aux décideurs a pour
objectif de distinguer les mythes de la réalité.
« L'expérience démontre que la réduction des
émissions de gaz à effet de serre est moindre que prévu.
Cela remet en question l'importance de l'énergie éolienne
d'un point de vue environnemental », note-t-on dans cette étude
d'une centaine de pages réalisée à partir des bilans
des opérateurs nationaux.
Les experts québécois interrogés sur le rapport d'ABS
ont émis des doutes sur la crédibilité de ses conclusions.
Ils ont aussi précisé qu'il ne faut pas transposer les observations
faites en Europe au contexte québécois, qui est différent
en raison notamment de la grande place faite à l'hydroélectricité.
Se concentrant surtout sur les expériences des pays d'Europe,
là où était produite en 2005 près de 70 %
de l'énergie mondiale provenant du vent, ABS conclut donc que l'éolien
ne permet au mieux que de faibles gains environnementaux.
L'Allemagne, leader mondial de l'éolien avec près de 20
000 MW de puissance installée (contre 1341 MW au Canada), aurait
ainsi connu plusieurs ratés ces dernières années.
Au cours de la moitié de l'année 2005, par exemple, le facteur
de capacité des éoliennes n'a été que de 14
%, ce qui signifie qu'elles n'utilisaient en moyenne qu'un septième
de leur capacité.
Se fiant aux bilans de la firme E.On, ABS ajoute que la variabilité
des vents était si grande cette année-là que l'apport
des éoliennes dans le réseau pouvait passer en quelques
jours de 38 % à 0,2 % de toute l'énergie. Cela oblige l'Allemagne
à disposer, en parallèle aux éoliennes, de sources
traditionnelles et polluantes d'énergie pour combler le manque
à gagner.
« L'énergie éolienne ne peut remplacer les centrales
traditionnelles que de façon limitée, note-t-on. Il n'est
pas possible de garantir que cette énergie comblera les besoins
de consommation énergétique. »
Au Danemark, autre pays à l'avant-garde dans le domaine, les gains
environnementaux étaient aussi limités ces dernières
années, selon la firme de consultants. Les vents étant intermittents,
les sommets de production d'électricité n'ont pas toujours
correspondu aux pics de demande. Ainsi, l'an dernier, 84 % de l'énergie
produite a été exportée vers la Norvège et
la Suède, des pays qui utilisent avant tout l'hydroélectricité.
« Cela annule les réductions d'émissions de gaz à
effet de serre promises, puisque l'électricité produite
par les barrages hydroélectriques ne génère pas d'émissions.
En outre, le gros de la consommation énergétique des Danois
a été comblée par des centrales au charbon »,
notent les auteurs de l'étude.
Un autre problème que personne n'avait prévu est survenu
dans certains pays, selon ABS. Pour garantir une certaine puissance énergétique
en tout temps, certains pays doivent faire fonctionner des centrales polluantes
de manière intermittente plutôt que continue.
« Or, les centrales sont moins efficaces lorsque utilisées
de manière intermittente. Par conséquent, les émissions
produites par les centrales sont proportionnellement plus grandes que
si elles étaient utilisées de façon continue »,
peut-on lire.
Expertise critiquée
Pour Philip Raphals, directeur du Centre Hélios à Montréal,
le rapport n'a pas une grande crédibilité. Citant des «
erreurs surprenantes », il se demande si cette firme qui se dit
indépendante n'a pas pour objectif de nuire à l'exploitation
de l'énergie éolienne.
« Cela dit, la problématique de l'intégration telle
que soulevée est réelle. Plus il y a d'énergies à
intégrer, plus le défi est grand. »
Pour Jean-Michel Parouffe, consultant en énergie renouvelable,
le rapport d'ABS « surestime » les difficultés de l'éolien.
Il précise ainsi que les plus récentes études nord-américaines
sur la variabilité des vents ont conclu que le problème
était maîtrisable.
« Et là où cette étude de marché pose
problème, dit-il, c'est qu'elle s'appuie sur les bilans d'opérateurs
comme E.On, une entreprise qui a été forcée de prendre
le virage de l'éolien par l'Allemagne. »
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