ÉOLIENNES. Pour Jean Perogallo, délégue cantonal du Syndicat des sylviculteurs
du secteur de Castelnau,
rien ne serait pire que de voir leur apparition dans les forêts

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ÉOLIENNES. Pour Jean Perogallo, délégue cantonal du Syndicat des sylviculteurs du secteur de Castelnau, rien ne serait pire que de voir leur apparition dans les forêts

« Je suis très réticent »

Jean Perogallo : « Rien ne serait pire que de voir une dispersion des éoliennes au travers de la forêt » photo j.-C. R.
« Sud Ouest » : Après le grand contournement, le port méthanier, aujourd'hui il semblerait que les éoliennes aient le vent en poupe sur le Médoc. Quelle est la position du délégué du canton de Castelnau face à cette situation ?

Jean Perogallo. Elles seront bien entendu installées dans la forêt, cet espace que beaucoup voient comme un espace vide, à l'abandon, sans autre fonction que la satisfaction bucolique de quelques citadins en manque de nature. En réalité c'est un espace très convoité, et le sylviculteur du Médoc, ruiné par l'ouragan de 1999 est bien tenté de profiter d'une manne venue du ciel, sans se poser trop de questions ! Beaucoup de communes forestières vont dans le même sens. Il est vrai que le revenu aujourd'hui proposé par les opérateurs, en particulier Valorem dans le Médoc, pour l'implantation d'une seule éolienne dépasse largement celui de la production forestière pour un hectare de pin maritime.

Je pense que les sylviculteurs médocains manquent d'information. Pourtant, ceux qui étaient au Barp, le 19 septembre, à l'assemblée générale du syndicat ont eu toutes les réponses. J'avais posé la question au Barp et demandé au président Martres de donner publiquement la position du syndicat sur l'implantation éventuelle d'éoliennes dans la forêt de production. Des réserves ont été clairement exprimées à cette occasion.

Il faut voir à plus long terme à quoi le sylviculteur s'engage. Après l'embellie des débuts viennent souvent les soucis du lendemain. Cette embellie repose sur un système européen de subvention au rachat de l'électricité produite par les éoliennes. C'est un système réglementé. Le tarif de rachat EDF a déjà été annulé par le Conseil d'État. Il est ou va être sans doute rétabli, mais que se passerait-il si d'aventure la crise économique venait à tarir le robinet des subventions ? Ce que fait une loi peut être défait par une autre. Il y a aussi l'évolution des technologies : les projets d'implantation des éoliennes en mer, auxquels le législateur prévoit d'intéresser les communes, les champs à cellules photovoltaïques, probablement moins dommageables pour la forêt... Et puis, toute technologie même nouvelle a un jour une fin. Ce n'est pas comme nos arbres de bois, qui fournissent toujours un produit utile à la société. Qui paiera le démantèlement de ces grands arbres de métal lorsque la technologie sera devenue obsolète ?

Pour vous il y a-t-il d'autres inconvénients voire des dangers ?

En tant que responsable de la prévention contre les incendies de forêt, la DFCI, je suis très réticent. Encore de nouvelles infrastructures en forêt : les éoliennes elles-mêmes, mais aussi combien de kilomètres de lignes ou de tranchées ? Car il faudra bien transporter ce courant produit... Les parcelles affectées n'auraient t-elles pas droit à une location pour le passage ? Nouvelles infrastructures signifie nouvelle pénétration en forêt, à portée de tous les avides de sensations fortes, à l'aide de moto-cross ou autre quad... C'est clairement un accroissement du risque de départ de feu. C'est parfaitement démontré, et j'espère maintenant admis par les aménageurs.

Et puis, ces fameux arbres de métal censés nous « verdir » devant l'Europe, sont munis de pales qui vont atteindre 150 mètres de hauteur ! Les canadairs viendront t-ils pour larguer leur précieux liquide à 300 ou 400 mètres de haut ? Probablement éviteront-ils les secteurs à éoliennes. Au sol les pompiers viendront défendre les éoliennes, au nom de je ne sais quel service pseudo-public et la forêt brûlera tout autour...

Quelles actions envisagez-vous ?

Voilà pourquoi aujourd'hui j'appelle solennellement les sylviculteurs à la retenue. Tout comme les maires des communes du Médoc forestier. Rien ne serait pire que de voir une dispersion des éoliennes au travers de la forêt. Ce serait un mitage intolérable, avec un accroissement majeur du risque incendie de forêt, incompatible avec la prévention que nous menons. Avec les mêmes enjeux que le mitage de l'urbanisme. Ce que nous demandons plutôt, ce sont des zones affectées à la production forestière où ces contraintes extérieures soient les plus réduites possibles. Il faudrait aussi que les choses soient plus transparentes. Il semble au contraire que c'est l'inverse qui se produise : des contacts sont pris directement avec les propriétaires, des réunions sont organisées sans les représentants de la profession sylvicole. Diviser pour mieux régner peut-être ?

Auteur : Propos recueillis par Jean-Claude Rigault


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