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L'EOLIEN DOIT ENCORE FAIRE SES
PREUVES
DEBAT. Les éoliennes pas si propres ? Des voix s'élèvent
contre leur multiplication. La Haute-Normandie,avec sa
centaine de projets en cours, est directement concernée.
" L'Imposture ". Le livre de Jean-Louis Butré,
préfacé par Valéry Giscard d'Estaing et sorti
il y a quinze jours, est un vrai pavé dans la mare.
Le président national de la Fédération environnement
durable dénonce la multiplication des é0liennes.
Ses arguments, en partie inédits, méritent de s'y
attarder. Voici les principaux et les réactions de Jean-Pierre
Girod, conseiller régional Vert, chargé entre autres
du développement éolien et de Christophe Maillard,
de la compagnie Eole 76, l'un des trois opérateurs éoliens
officiant en Haute-Normandie.
1. DES TACHES DANS LE PAYSAGE
Les arguments de Jean-Louis Butré :
" Il y aura bientôt 15 000 mâts plantés
dans toute la France. Je n'ai rien contre l'architecture moderne
et je ne dirai pas qu'une machine est laide mais une éolienne
se voit de 10 à 15 km. Ce qui veut dire qu'on les verra
sur 30 % du territoire. Il s'agit de la plus grosse modification
du paysage de tous les temps et personne ne s'en préoccupe.
"
La réaction de Jean-Pierre Girod (Verts) :
"Je suis surpris que personne ne se soit inquiété
des pylônes qui défigurent nos campagnes normandes
ou les méandres de la Seine. Et ça, ça défigure
vraiment. I1impact est énorme, bien plus important que
celui des éoliennes.
Pour les aérogénérateurs, des autorisations
ont été données là où l'impact
paysager est faible. "
La réaction de Christophe Maillard (Eole76) :
" Aujourd'hui, on donne la possibilité à tout
le monde de s'exprimer, ce qui n'était pas le cas au moment
de l'implantation des lignes à haute tension, c'est sans
doute ce qui explique que l'on entende aujourd'hui plus les voix
de ceux qui sont contre les éoliennes. Mais nous faisons
tout pour limiter l'impact paysager. Nous procédons à
des études pointues en préalable sur le paysage,
bien sûr, mais aussi sur la faune, la flore. Et toutes les
lignes sont enterrées. "
2. UN GACHIS D'ARGENT PUBLIC
Les arguments de Jean-Louis Butré :
" 15 000 machines, à raison de 2 millions d'euros
chacune, ce sont des milliards d'euros qui vont' être dépensés
et la France n'en tire aucun bénéfice car elles
sont produites en Allemagne, au Danemark ou en Espagne. Les éoliennes
vont coûter 2 à 3 milliards d'euros par an et au
final, ce sont les usagers d'EDF et donc les contribuables qui
vont devoir payer. Les entreprises privées font des bénéfices
énormes. La Compagnie du Vent a ainsi été
revendue 573 millions d'euros. Aujourd'hui, si vous voulez gagner
de l'argent, vous n'avez qu'à vous lancer dans l'éolien.
Votre client, en l'occurrence EDF, s'engage pour les 15 prochaines
années à vous racheter à prix d'or votre
électricité. C'est inédit. Si vous obtenez
la signature d'un maire ce sont plusieurs millions d'euros qui
sont à la clef. Nous sommes menacés. C'est un lobby
énorme. "
La réaction de Jean Pierre Girod :
" TI n'y a pas de subvention publique mais une obligation
de rachat par EDF de l'électricité produite. Or
son prix n'est pas forcément excessif par rapport à
l'énergie nucléaire car dans le tarif appliqué
pour l'électricité produite par des centrales nucléaires
on ne tient compte ni de l'enfouissement des déchets ultimes,
ni de la dé construction des centrales. Alors, on compare
quoi au final? Mais il est vrai qu'au lieu de confier leur gestion
à des sociétés privées, on devrait
mette en place des coopératives publiques. "
La réaction de Christophe Maillard :
" Nous ne percevons pas de subventions publiques et un parc
éolien c'est plusieurs dizaines de millions d'euros d'investissement.
Pour le parc de Smermesnil, nous avons investi près de
45 millions d'euros, il faudra au moins 8 ans avant que ce soit
rentable. La France a fait le choix de sous-traiter les investissements
éoliens, contrairement à ce qu'elle avait fait pour
le nucléaire ".
3. UN GADGET DANS LA PRODUCTION ELECTRIQUE
Les arguments de Jean-Louis Butré :
" Les éoliennes fonctionnent moins d'un tiers du temps,
Si le vent est trop fort, ou pas assez, elles ne produisent pas
d'électricité. Et même quand elles tournent,
cela ne signifie pas qu'elles sont en production. Si on arrive
à 15.000 éoliennes en 2020, on ne produira que 9
% de nos besoins électriques. Elles ne remplaceront jamais
le nucléaire. Il faut investir pour trouver d'autres solutions
dans les énergies durables, tels que le photovoltaïque,
le solaire, la géothermie profonde ... Il faut investir
dans la recherche plutôt que gaspiller l'argent public dans
l'éolien. "
La réponse de Jean-Pierre Girod : "
Elles ne fonctionnent pas à plein temps, ça, on
le sait. Mais les éoliennes ont fait d'énormes progrès
et supportent des vents bien plus importants. D'autre part, l'éolien
n'a pas pour vocation de remplacer le nucléaire il doit
être complémentaire du solaire. Mais nous devons
trouver une solution au nucléaire car dans soixante ans,
les réserves d'uranium auront disparu et bien avant son
prix va monter, comme pour le pétrole aujourd'hui. "
La réponse de Christophe Maillard :
" Effectivement cela ne remplace pas le nucléaire
mais à terme ce sera près de 10 % de notre électricité,
ce n'est pas négligeable. TI faut, bien sûr, étudier
d'autres énergies propres comme le solaire, la méthanisation,
la géothermie. En France nous ne sommes qu'au début,
y compris pour l'éolien. "
PROPOS RECUEILLIS PAR FRANCE-LAURE PONS
o Jean-louis Butré, l'Imposture. Pourquoi l'éolien
est un danger pour la France, édition du Toucan, 12€
" Cela aurait été dommage de refuser "
"Pour venir, c'est tout simple, vous prenez l'A28 et vous
sortez aux éoliennes " Smermesnil, Callengeville et
Poseville se voient désormais de loin. Inutile de se munir
d'un GPS pour les localiser. Et pour cause, ces trois petits villages
du pays de Bray accueillent le plus grand parc éolien haut-normand.
Quatorze éoliennes mises en service en début d'année,
que l'on aurait bien du mal à ne pas remarquer. Des moulins
à vent de dernière génération installés
en pleine Boutonnière, sur l'une des collines. Un véritable
centre d'attraction. Au point que le syndicat d'initiative de
Londinières, à quelques kilomètres de là,
prévoit d'organiser un circuit touristique éolien.
C'est dire l'engouement! Ici, les grandes machines de 120 mètres
de haut (80 mètres pour les mâts 'et 45 mètres
pour les palles) ont tout de suite été intégrées,
dans le paysage et dans les esprits. " Il n'y a jamais eu
d'opposition, l'installation s'est faite avec l'accord des habitants
", affirme Jean-Michel Flahaut, le maire de Smermesnil.
Dans la mythologie grecque, EOLE est considéré comme
le dieu des vents, Selon la légende, il maîtrisait
les vents que lui avait donnés Zeus et qu'il avait enfermés
dans une caverne.
... Comment mesurer le vent?
Le vent est mesuré par des anémomètres et
sa direction est donnée par une girouette.
les différentes mesures du vent sont : les nuds (marine).
le m/s ou le Km/h (météo), l'échelle du vent
est donnée par l'échelle de Beaufort
quelques vents célèbres :
les Alizés, l'Autan, la Bise, l'Harmattan, le Mistral.
le Nordet, le Simoun, le Sirocco, le Suroit, la Tramontane, Le
Zéphyr, '"
... quelques usages du vent :
Jean-Michel Flahaut, le maire de Smermesnil, est fier d'accueillir
le plus grand parc éolien haut-normand
Une fois les traditionnelles craintes sur les nuisances sonores
et sur l'impact paysager écartées, aucune voix ne
semble s'être élevée contre le projet. Au
point que lors de l'enquête publique, sur les 16 personnes
(sur 320 habitants) qui se sont déplacées à
la mairie de Smermesnil, personne ne s'est prononcé contre.
" Le commissaire enquêteur n'en revenait pas! ",
se souvient Jean-Michel Flauhaut.
On est loin des réunions publiques où les gendarmes
sont obligés d'intervenir pour départager les opposants
et les défenseurs des éoliennes, comme cela s'est
déjà vu dans l'Eure notamment.
Une acceptation de principe qui s'est confirmée une fois
les éoliennes mises en service.
" Oui je suis favorable aux éoliennes. C'est toujours
plus beau que des poteaux électriques d'une ligne à
haute tension. Et en plus, c'est de l'énergie propre. Il
faut agir, sinon nous allons droit dans le mur. Les éoliennes
sont une des réponses, elles vont dans le bon sens, ",
lance Thierry Normand, garagiste et unique commerçant du
village de Smermesnil. " Dans ma clientèle, je n'entends
pas de récriminations. Mis à part quelques problèmes
d'interférence dans les téléviseurs, qui
ont été rapidement réglés, personne
ne s'en plaint. Et en plus c'est juteux pour la commune, me semble-t-il
", reprend le commerçant.
L'arrivée des éoliennes sur les trois communes est
effectivement une source de revenus inattendue pour les collectivités.
"En plus, c'est juteux"
" Entre les taxes foncières et professionnelles, c'est
environ 150 000 euros par an qui vont être versés
", indique Christophe Maillard, responsable de projet pour
Eole 76, la société propriétaire des 14 éoliennes.
Une somme non négligeable pour des villages de quelques
centaines d'habitants. Et une source de revenus supplémentaire
pour les propriétaires des terres où sont installées
les éoliennes. Près de 4 500 euros par éolienne
et par an. De quoi mettre tout le monde d'accord.
" Si on avait refusé, le parc aurait été
installé dans une commune voisine. Nous aurions tout de
même vu les éoliennes et on n'aurait eu aucune retombée.
Avouez que cela aurait été dommage ", lâche
Jean-Michel Flahaut. Un argument qui pèse.
FRANCE-LAURE PONS SI VOUS SOUHAITEZ REAGIR: fl.ponS@pressenonnande.com
DANS L'EURE ÇA NE PASSE PAS
Pas une éolienne n'est pour le moment installée
dans l'Eure. Alors que la Seine-Maritime compte déjà
43 éoliennes en service, sur 7 parcs, le département
de l'Eure n'en compte aucune. Pourquoi une telle différence
? Rien à voir avec le vent car les nombreux plateaux eurois
semblent eux aussi propices à 11nstallation d'éoliennes
mais bien à l'opposition locale.
Ainsi, sur les quatre permis de construire accordés (voir
infographie en page 2) tous font actuellement l'objet de recours.
L'objectif des 15 000, c'est quoi?
Face à ses voisins allemands (2200.0 MW déjà
installés) et espagnols (15 000 MW), la France fait pâle
figure: 1 500 MW installés seulement fin 2006. Pour combler
son énorme retard, l'Hexagone s'est engagé auprès
de ses partenaires européens à produire 21 % d'électricité
renouvelable d'ici 2010. Pour cela, il faudra au moins produire
10 000 MW, ce qui équivaut à 15.000 éoliennes.
Les régions littorales, comme la Seine-Maritime sont particulièrement
propices à en recevoir.
Pourquoi tant de retard?
La France a tardé à se lancer dans l'éolien
et aujourd'hui, entre les lourdeurs administratives (études,
demandes de permis, recours éventuels ... ) et le marché
saturé, il faut plusieurs années pour qu'un parc
soit mis en service. Le Danemark et l'Allemagne, là où
sont installés les principaux industriels, ont du mal à
faire face à la demande. Il faut attendre deux ans pour
acheter une éolienne
Alors, dans ces conditions, même quand il n'y a pas d'opposition
locale, les délais s'allongent. A Smermesnil, il a fallu
sept ans.
Comment l'électricité est-elle redistribuée?
L'électricité produite par les éoliennes
est rachetée par EDF. Dans les zones dites de " développement
éolien >?, notamment le Pays de Bray, EDF est obligée
de racheter à un tarif fixé par décret (environ
8,2 centimes du kilowatt heure). L'électricité est
ensuite acheminée vers des postes sources. Ils sont installés
à Neufchâtel et à NesleNormandeuse pour le
parc de Callengeville, où les 14 éoliennes produisent
l'équivalent de la consommation annuelle de 60 000 à
80 000 personnes.
PREMIERE A VEULETTES-SUR-MER
le premier parc offshore français devait être opérationnel
en fin d'année à Veulettes-sur-Mer: Mais la mise
en route des 21 aérogénérateurs de 5 MW chacun
sur 15 km², visibles de la plage bien que situés à
une distance de 6 à 11 km, a dû être repoussée.
La société allemande Enertrag, retenue suite à
un appel d'offres organisé par le ministère de l'Industrie
en 2004, s'explique sur ce délai par la voix du président
de la " Centrale Enertrag Côte d'Albâtre"
(future société d'exploitation), Philippe Gouverneur:
" L'ensemble, des autorisations a été obtenu
le mois dernier, ce qui permet d'envisager le début du
chantier terrestre (liaison électrique) au premier trimestre
2009. Le chantier en mer aura lieu à la belle saison pour
une mise en service complète vers octobre 2010: c'est le
planning théorique. "
Car le recours d'opposants auprès du préfet pourrait
constituer un nouveau frein au projet, qui incite Philippe Gouverneur
à la prudence. Au final, la centrale éolienne devrait
alimenter à terme 'une population de 80 000 habitants en
électricité.
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