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Les éoliennes remettent au premier plan la question
des paysages
LE MONDE | 07.06.06 | 16h13 Mis à jour le 07.06.06 | 16h13
LILLE (Nord) ENVOYÉ SPÉCIAL
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Le développement durable justifie-t-il toutes les atteintes à
l'environnement où il s'inscrit ? C'est la question qu'ont posée
les Assises européennes du paysage, tenues à Lille du 31
mai au 2 juin. La réflexion est nouvelle : car si les politiques
s'orientent lentement vers de nouveaux choix en matière de transport
ou d'énergie, ceux-ci ont des impacts réels sur l'environnement
et les paysages.
Chiffres
1 049 éoliennes sont aujourd'hui en service en France. Elles représentent
une puissance de 918 mégawatts. Ces chiffres pourraient doubler
d'ici trois ans.
17 %, c'est le taux d'augmentation des terres urbanisées en France
depuis 1995. Dans le même temps, pourtant, la population n'a crû
que de 4 %. Meilleur élève, l'Allemagne "consomme"
deux fois moins d'espace.
3 %, la part du territoire occupée par les routes et les parkings.
75 % des 198 000 maisons construites en 2003 ont été bâties
en secteur diffus et 25 % en lotissement. Le mitage du territoire s'accélère
: la proportion était quelques années plus tôt de
50 %.
30 000, c'est le nombre approximatif d'architectes en France, pour seulement
800 paysagistes.
Par exemple, une ligne de TGV a une influence d'autant plus brutale que
la vitesse recherchée impose un tracé rectiligne, tracé
que présente aussi le canal en projet Seine-Nord Europe. De même,
les éoliennes, qui concentrent les interrogations du fait du grand
nombre qu'il est prévu d'implanter en France, ne peuvent guère
se dissimuler.
"Les projets éoliens ont de puissants effets sur les paysages,
et il est totalement illusoire de vouloir les intégrer", prévient
Philippe Allard, de la direction départementale de l'équipement
du Pas-de-Calais. De toute façon, "on ne va pas essayer de
les intégrer dans le paysage, précise Jean-Jacques Hilmoine,
maire de Fruges (Pas-de-Calais), qui promeut vigoureusement un projet
de 70 aérogénérateurs sur la communauté de
communes qu'il dirige. On va essayer de les faire accepter par les habitants
en l'accompagnant d'un projet de territoire". Ces éoliennes
devraient apporter 1,7 million d'euros de taxe professionnelle chaque
année, dont une partie servira à enterrer les lignes électriques.
Mais l'intérêt économique local ne réduit pas
à néant les questions paysagères que pose l'intégration
de ces nouveaux équipements.
Il est possible d'éviter le pire en limitant les "covisibilités",
c'est-à-dire en plaçant les aérogénérateurs
de façon à ne pas trop s'imposer face à des éléments
remarquables comme les châteaux ou les églises. Ces machines
"fonctionnent très bien dans les paysages où il n'y
a pas de repère de visibilité", constate Olivier Van
Poucke, paysagiste associé à Fruges. En plaine, elles sont
aussi jugées moins choquantes qu'en moyenne montagne.
L'environnement peut également aider à leur insertion.
"L'aviation civile par exemple impose une couleur très claire
aux éoliennes, un blanc cassé qui se coule bien dans les
ciels du Nord, indique Philippe Allard. Mais dans les ciels bleus du Sud,
il tranche."
Le mieux serait d'implanter les machines dans un environnement déjà
"déchiré" comme à Dunkerque, où
les cinq éoliennes proches de l'usine Sollac se fondent très
bien dans l'ambiance industrielle de cheminées, de pylônes
et de fumées, auxquels elles donnent même un relief nouveau.
Mais les paysagistes craignent qu'un trop grand nombre d'éoliennes
ne conduise à des rejets. "Aujourd'hui, elles ont une image
positivante. Mais demain, celle-ci risque de se banaliser", prévient
Olivier Van Poucke.
Les éoliennes - qui requièrent la construction de plates-formes
et de chemins carrossables de desserte - participent au mouvement général
de surconsommation du foncier. "60 000 hectares sont artificialisés
chaque année. Nous subissons une fantastique désorganisation
de l'espace. Nous sommes sur un développement qui n'est pas durable",
analyse Antoine de Boismenu, directeur général de la fédération
des Sociétés d'aménagement foncier et d'établissement
rural (Safer).
M. de Boismenu est d'ailleurs à l'initiative d'un Manifeste pour
le paysage, publié en mars 2006, qui a reçu beaucoup d'écho,
notamment auprès des élus. "Ils se rendent bien compte
qu'il y a un problème. Mais ils n'ont pas les armes pour résister
à cette consommation outrancière de l'espace" et faire
face "à cette surenchère dans les propositions d'aménagement
sans lien entre elles" ainsi qu'à "l'irruption d'infrastructures
hors d'échelle ou mal positionnées". La question se
pose d'autant plus que la politique menée vise à implanter
certaines machines même dans des régions peu ventées,
comme dans le centre de la France. "Quand je vois des projets dans
le Limousin, où il y a peu de vent, je me pose des questions",
souligne Antoine de Boismenu.
Un dossier qui repose la problématique oubliée du paysage
et conduit pour des raisons analogues à s'interroger sur l'étalement
urbain, le mitage pavillonnaire, les parkings, ou les grandes surfaces.
Rendez-vous en février 2007, où ces questions seront débattues
lors des états généraux du paysage.
Hervé Kempf
Article paru dans l'édition du 08.06.06
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