LE GRAND NUMERO DU VENT
par Frank Dohmen et Frank Hornig
A travers toute la République Fédérale,
la résistance s'intensifie contre la transformation en un paysage
style champs d'asperges géants, par de éoliennes toujours
plus nombreuses. Économiquement, poursuivre ce développement
n'a que peu de sens: on englouti des milliards d'euros de subventions
pour un avantage environnemental infime.
Fin Juin, l'Allemagne du Nord fera face au gigantisme. Un cargo livrera
du Danemark à l'embouchure de l'Elbe, trois pales de rotor de 63
mètres chacune. Ensemble, elles composent la plus énorme
hélice du monde. Une tour d'acier haute comme la cathédrale
de Cologne sera expédiée de Brême. Le HDW-Werft de
Kiel transportera la nacelle, l'arbre principal et le générateur
par le canal Mer du Nord-Baltique. L'éolienne pèse 240 tonnes.
La plus grande, la plus haute et la plus puissante éolienne du
monde sera alors érigée directement à côté
de la centrale nucléaire de Brunsbuettel. Elle pointera ses 180
m vers le ciel. Sa production annuelle d'électricité suffit
théoriquement pour 6000 foyers. Ce modèle ("Repower
5M") devrait encore tourner alors que la centrale nucléaire
voisine sujette aux pannes, sera fermée depuis longtemps.
L'éolien au lieu de l'atome. La construction de la
tour de Brunsbuettel symbolise le tournant de la politique énergétique
allemande : l'abandon du nucléaire, la protection de l'environnement
et une nouvelle industrie haute technologie. En fin de compte, elle symbolise
un vieux rêve, le rêve d'un monde où il n'y a plus
de déchets radioactifs, ni de centrales à charbon polluantes.
Il n'y a que le soleil, le vent et l'eau, des énergies renouvelables
qui fournissent le courant à l'homme, des sources ne s'épuisant
jamais et ne dégradant rien.
C'est la raison pour laquelle le gouvernement fédéral rouge-vert
a vendu son âme à l'électricité écologique,
c-à-d. à l'éolien industriel. Ce dernier devrait
diminuer les émissions de gaz à effet de serre et la dépendance
aux importations de pétrole et de gaz. Il devrait porter à
nouveau la République Fédérale à la première
place mondiale comme leader du marché des éco-technologies.
Il devrait aussi promouvoir une nouvelle filière qui remplacerait
l'industrie du charbon déclinante. Cette vision est belle, mais
peut-elle résister à l'épreuve de la réalité?
La construction de la tour de Brunsbuettel symbolise également
la lutte acharnée de la population contre l'éolien industriel.
A la fin de l'année dernière, 15387 éoliennes ont
été construites dans tout le pays ; en 2010 l'utilisation
de l'énergie éolienne doit être doublée.
Photo : les ministres Clement et Trittin.
Freinage massif de la croissance.
Légende de la photo: Parc éolien dans l'Uckermark
Le mouvement antiéolien a suivi les protestations antinucléaires.
Des centaines d'associations citoyennes : "Anti-Vent" ou "Tempête
contre le Vent", luttent entre Brandenburg et la Haute Foret Noire
contre l'effet stroboscopique des d'ombre, le bruit et la détérioration
du paysage.
Pour Hans-Joachim Mengel : " Ce sont les pires dévastations
depuis la Guerre de Trente Ans ". C'est pourquoi le professeur berlinois
d'économie politique est à l'origine en Brandenburg de l'initiative
"Sauvez l'Uckermark" et il a obtenu la majorité aux dernières
élections régionale dans l'Uckermark.
Cela ne manque pas d'une certaine ironie, que ce soit précisément
les défenseurs de l'environnement et du paysage qui se rangent
contre la vision des Verts de la politique de protection du climat. Mais
ceux-ci s'accommodent de semblables résistances et les hauts fonctionnaires
verts les qualifient de "romantiques".
Pour les partisans de l'éolien, il s'agit en fait d'un enjeu important:
diminuer les émissions de CO2, avoir une source d'énergie
propre et, de plus, inépuisable, et développer une filière
d'avenir créatrice d'emplois.
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Mais cela est-il bien vrai? La poursuite du développement
de l'éolien ne serait-il pas plutôt un mauvais investissement
économique et politique
- qui englouti des milliards d'Euros?
- qui détruit plus d'emplois qu'il n'en crée?
- qui devrait être arrêté ou au moins radicalement
réduit et ceci plutôt aujourd'hui que demain?
Il n'est pas commode de répondre à de telles questions ne
sont pas commodes. Celui qui les pose est aussitôt catalogué
comme lobbyiste du charbon. Même les groupes énergétiques
s'expriment prudemment et mettent leurs espoirs dans un futur changement
de gouvernement.
En fin de compte, 13 ans après que le gouvernement d'Helmut Kohl
ait commencé à subventionner les aérogénérateurs,
le développement de l'éolien est pour les rouge-verts un
projet de prestige, un des rares qui fasse consensus dans leur propres
rangs. Avec l'amendement de la loi sur les énergies renouvelables
que le Bundestag doit voter vendredi prochain, la coalition veut s'engager
vers un nouvel essor de l'éolien. Début juin, - deux ans
après le sommet mondial de Johannesburg sur le climat - les délégations
gouvernementales du monde entier vont arriver à Bonn pour la conférence
sur les énergies renouvelables. Le chancelier fédéral
Gerhard Schroeder aimerait présenter son pays comme un précurseur.
La puissance de l'éolien allemand n'a d'égale aujourd'hui,
que celle du Danemark, de l'Espagne et des États Unis réunis.
Pourtant, les Danois, par exemple, ont enclenché depuis longtemps
la marche arrière: déjà il y a deux ans ils ont annulé
presque entièrement les subventions à l'éolien. Selon
le gouvernement, son objectif est déjà dépassé
et les subventions sont en outre beaucoup trop coûteuses.
Selon le désir de la coalition rouge-vert, l'Allemagne doit de
nouveau devenir championne du monde comme pour le péage et les
emballages consignées. Elle doit montrer comment la deuxième
puissance industrielle au monde peut façonner une politique de
développement durable. Elle doit prouver que l'environnement et
l'industrie ne sont pas ennemis.
Dans le gouvernement, seul le ministre de l'économie, Wolfgang
Clement va dans un sens différent. Peu avant les négociations
de la loi sur les énergies renouvelables, il a dénoncé
le consensus sur l'utilité des énergies renouvelables. Il
voit dans les visions d'avenir des Verts, un frein massif à la
croissance industrielle.
Il a lutté pratiquement seul pour cela, des semaines durant contre
le ministre de l'environnement Juergen Trittin. Clement n'a pas (encore)
osé démissionner. Il a pourtant depuis des semaines un rapport
explosif démontrant l'absurdité qu'il y a de prolonger un
développement excessif des énergies renouvelables.
Il s'est finalement mis d'accord avec son adversaire sur un compromis
généralement considéré comme victoire de Trittin.
Le développement de l'éolien sera certes réduit un
peu plus vite que prévu au départ, mais de loin pas aussi
fortement que Clement l'exigait.
Il est alors à craindre que beaucoup de choses resteront comme
avant : croissance sauvage de l'éolien, détérioration
de régions entières, lutte incessante des communes
concernées. Ces dernières ne pouvant pas de toute façon
s'opposer aux nouveaux parcs
éoliens cherchent alors à tirer avantage de contrats créatifs
avec les investisseurs. Tout cela coûte des milliards aux citoyens
en tant que consommateurs d'électricité et en tant que contribuables.
Le gouvernement a vanté jusqu'à présent le succès
dans la réduction du CO2, mais il recule par ailleurs dans l'établissement
d'un bilan clair de l'éolien. Les questions à clarifier
sont les suivantes :
- Quels coûts engendre l'éolien pour l'économie allemande
?
- Quelles sont les conséquences de l'éolien pour le marché
du travail et pour la compétitivité de l'industrie allemande
?
- Quelle forme d'énergie les Allemands développeront-ils
dans le futur lorsque les subventions au nucléaire et au charbon
seront respectivement trop dangereuses ou trop chères et que les
réserves mondiales de pétrole et de gaz commenceront à
s'épuiser ?
- Mais, avant tout : le soleil et le vent sont-ils réellement capables
de satisfaire les besoins futurs d'énergie ou ne sont ils qu'une
illusion belle mais chère ?
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CHAMPION DU MONDE DES " ASPERGES "
Depuis des siècles, les hommes essaient d'utiliser l'énergie
du vent et avec parfois un succès remarquable. A l'époque
florissante du 18e siècle, les moulins à vent faisaient
partie intégrante du paysage. Plus de 200 000 merveilleux chef-d'uvres
en bois ont été alors érigés en Europe. C'est
Konrad Adenauer qui a mis fin à cette haute technologie médiévale,
lorsqu'il a fait supprimer la profession traditionnelle de meunier du
registre des métiers.
Dès cette époque, le moulin à vent n'avait plus rien
à voir avec la production de farine. 1888, Charles Brush construit
à Cleveland, Ohio la première génératrice
de courant. Mais cela n'a pas percé. Quelques décades plus
tard, les Nazis ont peiné sans succès à la tâche
dans le cadre d'une Reichsarbeits-gemeinschaft Windkraft (communauté
de travail du Reich pour l'énergie éolienne). Avant la fin
du "Reich millénaire" il ne sortirent que quelques prototypes
à Boetzow, prés de Berlin.
Ce n'est qu'avec la crise de pétrole de 1973 que le thème
de l'énergie éolienne vint de nouveau à l'ordre du
jour. Afin de lutter contre les prix imposés par les émirs,
on a mené des recherches intensives dans les énergies alternatives.
LEGENDE PHOTO SUPERIEURE
Moulin à vent (près de Kiel) : " Hightech Moyenâgeux
"
LEGENDE PHOTO INFERIEURE
"Grande Éolienne" (Montrer que ça ne va pas)
Dornier installa un équipement d'essai de 17 mètres
de haut sur l'île de Pellworm, dans la brise de la mer du Nord.
Sur le continent, les paysans suivirent avec leurs moyens, ils mirent
des essieux de camions usagés verticalement sur leurs terres, y
appliquèrent une roue éolienne en haut et un générateur
en bas - et eurent dès lors leur propre électricité.
Dans les années soixante dix, le gouvernement fédéral
dépensa 200 millions de marks pour un " programme d'énergie
éolienne ". Déjà à l'époque, il
s'agissait d'un record mondial : en 1981, une " grande éolienne
" (Growian) fut construite, également près de Brunsbüttel
pour la somme de 90 millions de marks. Le monstre de Kaiser-Wilhelm-Koog
était presque aussi grand que son successeur de 2004. Les rotors
avaient un diamètre record de 100 mètres.
Ces dépenses furent vaines. En même temps que ce grand projet,
le gouvernement avait pris la responsabilité du centre de recherche
nucléaire de Jülich. " Nous construisons des Growian,
disait à l'époque un directeur du RWE, également
impliqué, pour montrer que ça ne va pas ". Mais cela
a marché. La première année d'exploitation, en 1983,
le moulin géant a alimenté le réseau de neuf heures
d'électricité au total. En 1988, la grande éolienne
a été éliminée - et avec elle, apparemment,
les espoirs futurs d'énergie éolienne.
16 ans plus tard, il y a en Allemagne plus d'éoliennes que dans
aucun autre pays et aussi plus de conflits que nulle part ailleurs. D'un
côté, il y a les Trittin. Plus nombreux, plus hauts, plus
puissants : ils fêtent leur triomphe comme étant un grand
succès. " L'Allemagne est championne du monde de l'énergie
éolienne ", jubile le ministre.
De l'autre côté, il s'est constitué une coalition
bigarrée et contradictoire. Elle se compose de défenseurs
de la nature et des lobbys nucléaire et charbonnier des grands
groupes d'électricité. Le ministre de l'économie,
J. Clement, en fait partie, mais s'y rattachent surtout tous les habitants
de la confédération allemande qui se sentent véritablement
cernés par les " centrales éoliennes ", les "
fermes éoliennes " et les " zones propices à l'éolien
".
Il s'agit d'hommes et de femmes comme Sonja Dollery, d'Ellierode dans
la région du Harzvorland. Depuis que des éoliennes sont
prévues sur la colline avoisinante, c'en est fait de la paix du
village. Partisans et opposants de l'éolien s'apostrophent vertement.
" Neuf propriétaires fonciers profiteront de la présence
des machines, dit-elle, et 400 personnes devront en souffrir ". Cette
femme est quasi désespérée : " On a presque
peur de sortir dans la rue ", dit Mme Dollery.
C'est ainsi que dans tout le pays, des communes autrefois paisibles sont
entrées dans des conflits acharnés. D'un côté,
il y a les citoyens qui n'ont aucune part de la manne de l'argent des
subventions, des petits paysans dont la propriété est soudainement
devenue invendable à cause des machines géantes.
De l'autre côté, il y a les exploitants des centrales éoliennes,
bien souvent des notables locaux comme des directeurs de laiterie à
la retraite, des directeurs de caisses d'épargne ou des hommes
politiques locaux, alliés aux paysans dont les terrains servent
à l'établissement de centrales éoliennes. Derrière
se cache toujours l'un des énormes constructeurs de centrales éoliennes,
comme, par exemple, Plambeck Neue Energie AG de Cuxhaven.
Pour que les communes donnent leur bénédiction au projet,
elles y sont volontiers associées à hauteur de quelques
pour cents. Il est également courant de se livrer directement à
des trafics d'argent envers les communes dans le besoin par le biais de
fondations ou de contrats de donation. En contrepartie, l'agrément
est alors accordé.
Les agriculteurs aussi, dont il n'est pas rare qu'ils soient pris à
la gorge, ne peuvent que difficilement résister aux offres des
exploitants. Pour un parc de dix éoliennes, ils peuvent arriver
à louer jusqu'à 45 hectares de terre, en raison des distances
minimales nécessaires entre les machines. Selon leur habileté
à négocier, les propriétaires de terrains peuvent
gagner 1000 à 20 000 euros par an et par éolienne ; le tout
sur une durée de contrat qui est la plupart du temps de 20 ans.
C'est plus que ce que rapportent certaines exploitations.
C'est ainsi qu'une communauté rurale d'intérêts s'est
constituée : argent contre paysage. D'un rêve vert est né
un nouveau plan vert.
[Photo] :
Travaux sur un capteur de mesure du vent (près de Emden) : L'Allemagne
doit devenir championne du monde, comme c'est déjà le cas
pour les péages et la consignation des emballages.
La clé de ce saccage paysager sur des étendues
entières est un infime complément apporté au paragraphe
35 du Code fédéral de la construction, que les députés
de tous les partis ont discrètement introduit dès 1996 via
le Bundestag. Il ne fait que deux lignes. Mais il a durablement transformé
le paysage.
Cette disposition, également connue sous le nom de " privilège
accordé à l'énergie éolienne ", accorde
des prérogatives aux exploitants éoliens, qui n'existent
autrement que pour l'agriculture et la sylviculture ou pour l'alimentation
publique en eau, gaz et électricité. Ceux-ci ont le droit
de construire en-dehors des agglomérations. En clair, cela signifie
qu'il est plus facile, en principe, d'autoriser une éolienne de
150 mètres qu'un kiosque, sur un lieu de baignade.
C'est de facto le démantèlement général du
droit de la construction, qui avait pour but d'empêcher la colonisation
intempestive du paysage. Par exemple, les entreprises et les particuliers
n'ont, de manière générale, pas le droit de construire
en dehors des l'agglomérations. Par contre, une " asperge
" éolienne de 140 mètres de haut bénéficie
de ce privilège. A cela, s'ajoute le fait que la distance minimale
recommandée entre deux champs d'éoliennes n'est que de 5000
mètres. Tous les cinq kilomètres, il peut donc pousser un
parc - le cauchemar de la destruction du paysage.
En Basse Saxe, il n'existe pas de distance minimale à respecter
par rapport aux maisons d'habitation. Cette distance n'est parfois que
de 250 mètres environ. Les habitants pourraient s'adapter "
au changement de voisinage " " par un effort architectonique
personnel ", est-il inscrit dans un jugement du tribunal administratif
de Hanovre datant de début janvier - par exemple, par " la
disposition des meubles " ou " l'installation de murs écran,
de parasols, etc. ".
Résister ? Largement inutile. " Pour la réduction des
rejets de CO², l'Etat ne doit pas s'en tenir à faire appel
à la raison de toutes les personnes impliquées ", est-il
inscrit dans le compte-rendu de séance du comité de construction
du 19 juin 1996, " il doit également tout mettre en oeuvre
pour éliminer les obstacles à l'utilisation des énergies
renouvelables ".
C'est réussi. Pour les exploitants d'éoliennes, une belle
période a ainsi commencé. Au cours de ces quatre seules
dernières années, le nombre d'installations a doublé,
atteignant ainsi plus de 15000 unités.
Et cela va continuer ainsi car il y a suffisamment d'argent. En effet,
l'Etat soutient le développement de l'énergie éolienne
de plusieurs manières : par des prix fixes, par une garantie d'achat
et par le biais d'amortissements pour les investisseurs.
Depuis 1991 déjà, les groupes de l'industrie électrique
sont dans l'obligation de s'alimenter en énergie éolienne.
C'est cependant la loi sur les énergies renouvelables de la coalition
verts-socialistes, entrée en vigueur en avril 2000, qui, la première,
a massivement soutenu l'électricité éolienne.
Les groupes d'électricité sont ainsi obligés de brancher
des moteurs éoliens - et naturellement aussi de capter et de distribuer
l'électricité écologique. Si les capacités
de réseau des grands fournisseurs ne suffisent pas à cet
effet, E.on, RWE et Vattenfall doivent encore construire de nouvelles
lignes - et ce, à leurs propres frais. La loi sur les énergies
renouvelables a même accordé en outre aux exploitants d'éoliennes
une priorité fondamentale dans le réseau électrique
allemand : dès qu'une éolienne tourne en Allemagne, l'électricité
qu'elle produit va automatiquement - et complètement indépendamment
de la demande actuelle - dans le réseau.
Les fournisseurs ne doivent pas seulement prendre livraison de l'électricité
écologique, ils doivent aussi la rémunérer à
un prix fixe. A l'heure actuelle, les exploitants d'éoliennes perçoivent
8,8 centimes d'€ par kilowatt-heure dès qu'ils ont branché
une nouvelle installation. C'est plus de 5 centimes de plus que ce qui
est versé sur le marché spot pour l'électricité
conventionnelle (prix actuel : 3,5 centimes).
Même les éoliennes inefficaces, dans les régions faiblement
ventées, profitent de cette obligation de rémunération
- c'est là, selon les détracteurs, le vice de construction
décisif de la loi.
C'est pourquoi des critères plus rigoureux seront utilisés
dans la nouvelle de la loi sur les énergies renouvelables : alors
que la rémunération doit chuter de 1,5 % par an dans la
version actuelle, la diminution annuelle s'élèvera à
2 % dans le nouveau projet de loi. La durée des aides doit en outre
être raccourcie - afin d'augmenter l'efficacité des machines.
Pour les détracteurs, cela ne va pas encore assez loin. Ils craignent
des interactions négatives entre la nouvelle loi sur les énergies
renouvelables et le marché des émissions prévu par
M. Trittin. Il s'agit en l'occurrence d'un commerce des droits de pollution
pour le dioxyde de carbone, programmé à partir de 2005.
Les centrales et l'industrie lourde ne pourront plus alors rejeter que
les quantités qui leur ont été accordées auparavant.
Si elles se situent en-dessous, elles pourront vendre leur surplus aux
concurrents qui ne respectent pas les limites.
[Photo en bas de page 6] :
Opposants aux éoliennes (près de Hanovre) : Un cauchemar
de destruction du paysage
[Sur la pancarte] :
UN MONSTRE EOLIEN DEVANT NEUWARMBÜCHEN
NON MERCI
" Il doit être mis fin à la loi sur les
énergies renouvelables, car elle ne contribuera plus à l'avenir
à la réduction du CO² ", dit Carl Christian von
Weizsäcker, économiste à Cologne, spécialisé
dans les questions d'énergie, qui a rédigé une étude
sur ce sujet pour la commission scientifique consultative du ministère
de l'économie.
Outre une rétribution de l'alimentation plus élevée,
l'Etat soutient aussi la construction d'éoliennes par des incitations
fiscales considérables pour les gros salaires. La première
année, on peut même en partie déduire directement
de ses impôts plus de 100% du capital engagé. On en arrive
ainsi à ce qu'environ la moitié des capitaux propres investis
retourne immédiatement de l'Etat aux investisseurs. Ce n'est que
plus tard, lorsque le vent aura soufflé comme prévu, que
les gains des investisseurs devront être déclarés
aux impôts.
D'après les calculs de Stefan Loipfinger, expert du fonds, la perte
initiale d'impôts sur le revenu atteint, pour l'Etat, 1,1 milliard
d'euros au total depuis 1997, si l'on applique aux investisseurs le taux
d'imposition maximal en vigueur. Même avec un taux d'imposition
de 40 % (contribution générale de solidarité y compris),
ce sont encore 870 millions d'euros d'impôts en moins pour le fisc.
Cela fait des subventions supplémentaires d'au moins 21 750 euros
pour chacun des 40000 emplois dans l'industrie éolienne. Les partisans
rétorquent qu'il faut compter les versements d'impôts ultérieurs
des exploitants d'éoliennes.
Pourtant, ces versements, contrairement aux affectations aux pertes, ne
sont en aucun cas sûrs. Comme à l'époque du boom immobilier
à l'Est, de nombreux investisseurs se remplissent les poches en
encaissant d'opulentes commissions de distribution ou des redevances administratives.
Chez de nombreux exploitants du fonds, plus de 30 % des capitaux propres
restent en frais variables.
De plus, de nombreux fonds sont grevés de coûts élevés
des capitaux externes, et peuvent ainsi justifier d'avantages fiscaux
importants en relation avec les capitaux propres investis. Si, comme ces
trois dernières années, le vent ne souffle pas aussi fort
que prévu, ou si des problèmes techniques surviennent, les
fonds arrivent vite au bord de la ruine (voir page 90).
[Photo en bas à gauche] :
Manifestation anti-énergie éolienne (à Münster)
: vaine résistance ?
[Sur la pancarte] :
MON PONEY A PEUR DES EOLIENNES
[Photo en milieu de page] :
Les éoliennes en Allemagne
LE COMBAT CONTRE L'EOLIEN
Les conséquences d'une telle promotion sans frein
sont par exemple visibles dans l'Uckermark. Ce Landkreis au nord de Berlin
est pourvu de machines comme pratiquement aucune autre région de
la République. 223 installations sont déjà construites,
280 autres sont programmées de manière ferme. Certains villages
sont véritablement encerclés de parcs éoliens.
" Aucune étape de l'industrialisation auparavant n'a provoqué
de destruction plus brutale du paysage que celle-ci, qui l'a farci et
verrouillé d'éoliennes ", a récemment estimé
Botho Strauss dans un article pour le SPIEGEL. Depuis plus de dix ans,
le poète a une maison dans l'Uckermark. L'énergie éolienne
anéantit " non seulement les espaces de vie, mais aussi de
profondes plages de souvenir ", écrit-il.
La manière dont on a pu en arriver là est une histoire de
grandes visions, et de déceptions encore plus grandes. Elle se
rapporte à l'espoir d'une région en son essor et en emplois.
Les vendeurs de vent et dans les communes des politiciens dépassés,
en ont fait une question d'avidité et de corruption. Et elle se
rapporte à la résistance croissante des citoyens, qui se
sont d'abord battus, et qui ont ensuite dû reconnaître leur
impuissance devant une industrie éolienne privilégiée
par la loi et soutenue de son mieux par l'Etat. Cette histoire pourrait
se passer dans n'importe quelle partie de l'Allemagne.
Au début, le front était clair. D'un côté,
les investisseurs, qui ont vu dans l'Uckermark, pauvre en infrastructures,
une région-cible idéale pour leurs machines. Ils étaient
extrêmement bienvenus : les paysans passaient des baux lucratifs
pour leurs terres à faible rendement, et les communes à
court d'argent avaient la perspective de toucher des taxes professionnelles.
De l'autre côté, il y avait Hans-Joachim Mengel. Il est politologue
à l'Université libre de Berlin. Il est arrivé dans
la région il y a plus de dix ans et a fondé " l'Académie
européenne " au château de Wartin, selon le modèle
d'une université anglo-saxonne. Ce qui l'a fasciné, dit-il,
c'est que les villages ici " n'ont pas fondamentalement changé
depuis Frédéric II ". C'est la raison pour laquelle
il a protesté dès le début contre les moulins à
vent modernes.
Mais cela n'a intéressé pratiquement personne. Quand le
professeur bien au fait des choses, avec son loden flottant au vent et
ses cheveux ébouriffés, discourait dans les villages de
l'énergie éolienne, des paysages à valeur culturelle
et "des intérêts antagonistes dans le processus de décision
démocratique ", on se moquait de lui en le traitant de "
Don Quichotte de l'Uckermark ".
L'énergie éolienne avait valeur d'une bénédiction.
C'est pourquoi les Landkreise d'Uckermark et de Barnim décidèrent
en octobre 2000, après quatre ans de consultations, d'un "
programme partiel d'exploitation éolienne ". De nouvelles
installations pouvaient être réalisées " de manière
compatible avec l'environnement et la nature " que dans des zones
spécifiquement définies comme étant " aptes
". Cela afin d'empêcher un nouvel accroissement sauvage et
de " maintenir l'acceptation de la population ".
Mais il en fut tout autrement. Les exploitants d'éoliennes investirent
à grand rythme les zones aptes de leurs machines. Ils ont en d'abord
construit 15 à Neuenfeld, puis 39 à Falkenwalde, ensuite
57 à Schönermark. Les habitants de l'Uckermark ont alors compris
ce que signifiait le " programme partiel " : des tours éoliennes
à chaque coin de ciel, de véritables gratte-ciels rendant
l'horizon méconnaissable. Et la nuit, les lampes témoins
clignotent en rouge. C'est ce qu'on appelle " l'effet disco ".
Petit à petit, l'opinion a basculé. Dans les courriers des
lecteurs des journaux, on s'est mis tout d'un coup à parler de
" la dynamique néfaste " qui a développé
le " projet d'énergie éolienne ". A cette époque,
le Don Quichotte de l'Uckermark, et son combat tant raillé contre
les moulins à vent, est quasiment devenu un héros populaire.
Aux élections municipales de l'automne dernier, Mengel a obtenu
plus de voix que les premiers candidats de la CDU, du SPD et du PDS. Son
mouvement citoyen " Sauvez l'Uckermark " a réussi à
entrer du premier coup à l'assemblée du Kreis (et génère
à Potsdam, six mois avant les élections du Landtag (parlement),
la crainte d'un parti anti-énergie éolienne sur tout le
Land).
Ainsi, le front a changé. Il y a contre les investisseurs, de larges
pans de la population. Le climat est empoisonné. Mengel est injurié
par le lobby pro-éolien comme étant un " fanatique
rêveur ". " Nous, partisans des énergies renouvelables,
allons vous arracher vos petites dents pointues une par une ", peut-on
lire dans une lettre ouverte que les investisseurs distribuent.
[Photo en haut de la page 8] :
Parc d'éoliennes avec phares (dans l'Uckermark) : "les pires
ravages depuis la guerre de Trente Ans"
[Photo 1ère colonne de la page 8] :
Mengel, opposant à l'énergie éolienne
Le Don Quichotte de l'Uckermark
Les communes entre les deux camps, sont dépassées
et la plupart du temps incapables de se tirer d'affaire : les forces qu'elles
avaient appelés, elles n'arrivent plus à s'en débarrasser.
Même si elles le voulaient, elles n'ont pratiquement plus aucune
chance de repousser les demandes de permis de construire des investisseurs.
Ces derniers se tournent alors immédiatement vers les tribunaux,
avec des demandes de dommages et intérêts de plusieurs millions
- et obtiennent régulièrement raison.
Et plus précisément, l'argument le plus courant des opposants
à l'énergie éolienne est ici pratiquement sans aucune
portée : " L'enlaidissement du site ou du paysage n'entraîne
pas encore à lui seul, à la lumière des privilèges
accordés aux éoliennes, l'irrecevabilité d'un tel
projet ", est-il écrit dans une lettre de mise en garde des
assurances municipales GVV, avec lesquelles de nombreuses communes sont
sous contrat. Selon cette lettre, les communes feraient mieux de ne pas
se mêler de questions comme les limitations de hauteur des éoliennes
ou la protection contre le bruit. Le mieux serait, selon GVV, que les
maires suivent simplement " l'interprétation du droit des
administrations spécialisées supérieures ".
Faute de quoi, ils risquent leur couverture d'assurance en cas de sinistre.
Les communes doivent alors payer elles-mêmes. Cela peut revenir
cher, et même menacer au final les villages dans leur existence
financière.
C'est ce qui est advenu cet automne aux représentants municipaux
de la commune de Uckerland. Les avocats de l'exploitant ont menacé
: " on va faire valoir en justice la perte totale de chiffre d'affaires
(y compris les manques à gagner) du projet de parc éolien
". Avec un volume d'investissement de dix millions d'euros, ont prévenu
les avocats, la responsabilité de votre collectivité publique
s'élèverait tout de suite à plusieurs millions d'euros.
Les élus locaux choqués, ont plié.
Il en va de même en de nombreux endroits. Grâce au progrès
technique, les éoliennes, qui depuis atteignent souvent 150 mètres
de haut, sont passées par-dessus la tête de plusieurs maires,
dans tous les sens du terme. Ces derniers mettent leur veto et échouent.
" En accordant des privilèges à l'électricité
éolienne et en la subventionnant de façon exagérée
" dit M. Mengel, le législateur a donné aux exploitants
des éoliennes " un chèque en blanc pour imposer leurs
intérêts ".
C'est la raison pour laquelle un sentiment d'impuissance se répand
dans les communes. Si elles ne peuvent pas empêcher ces monstres
hideux, de nombreuses communes veulent au moins en profiter.
A cette fin, les exploitants des parcs d'éoliennes ont mis au point
des modèles de contrat " créatifs " qui doivent
restaurer la confiance des communes mais éveillent souvent pour
le moins un soupçon de corruption.
La commune d'Uckerland, par exemple, doit tirer profit d'un contrat dit
d'autorisation : d'après le projet de contrat, l'investisseur verse
dans ce cas " une indemnité d'autorisation ", par exemple
pour " l'utilisation conjointe des routes communales ",ce qui
va naturellement de soi, ou pour " l'autorisation de déplacer
les câbles et l'utilisation de ces derniers ".
Bénéfice pour les communes : 180000 euros de suite, et encore
44000 euros par an à venir, jusqu'à ce qu'au total onze
éoliennes rapportent pour la première fois, dans peut-être
huit ou neuf ans, de la taxe professionnelle. En contrepartie, l'investisseur
obtient son parc d'éoliennes et a même le droit d'élaborer
le plan d'occupation des sols.
" Il ne peut pas y avoir de vente des droits de souveraineté
", dit Patrick Habor, avocat à Göttingen, qui représente
de nombreux habitants et des communes en cours de " planification
".
Les élus locaux de la commune voisine de Luckow-Petershagen se
sont montrés encore plus malins que leurs collègues d'Uckerland
quand il s'est agi de la construction d'un nouveau parc éolien
comprenant jusqu'à 25 machines. Ils ont créé une
" association du village et des moulins " ; la maire, Donata
Oppelt, en a pris pratiquement de suite la présidence. L'objectif
de l'association est la " promotion des liens du pays ". En
fait, il s'agit de la promotion de solides intérêts : les
membres de l'association doivent toucher de l'investisseur un versement
unique allant jusqu'à 750000 euros lors de la construction de nouvelles
éoliennes, d'après un projet de " contrat d'allocation
".
Le paysage politique est ainsi alimenté en de nombreux endroits,
lorsqu'il s'agit de la construction de nouveaux parcs éoliens.
Sur l'ensemble de la République Fédérale, les investisseurs
et les communes ont depuis longtemps mis au point tout un arsenal haut
en couleurs de conventions pleines d'imagination, dans leur intérêt
commun.
Un objectif très recherché consiste à programmer
des parcs d'éoliennes sur les terres appartenant aux membres du
conseil municipal. Il est aussi très bien vu de prévoir
directement des machines sur des terrains publics et d'associer les pouvoirs
publics aux éoliennes : l'Etat peut alors profiter des rémunérations
qu'il a lui-même fixé.
Des dons généreux aux sapeurs pompiers bénévoles
aident aussi bien aider à arranger les affaires que des espèces
à la population : dans un village de l'Eifel, par exemple, il y
a des primes de 50 à 100 euros en cas de naissance, de mariage
ou de fin d'études. L'argent vient d'un fond de subventions de
l'exploitant local des éoliennes.
En d'autres lieux, les investisseurs virent plus de 400000 euros à
la commune pour la " plantation de massifs forestiers ". Ce
beau geste est ensuite justifié comme étant une mesure de
compensation pour la construction d'éoliennes utilisant de la place.
Ou encore ils versent sans aucune difficulté des " pénalités
contractuelles " à cinq chiffres parce qu'ils ont dépassé
de deux jours, sûrement tout à fait par hasard, les délais
convenus.
Les accords douteux n'ont rarement été aussi bien documentés
que dans le cas de cette commune de l'Allemagne du Nord. Ses représentants
ont passé en 1996 un contrat de donation certifié devant
notaire avec la SARL du parc éolien local. Ce contrat présente,
du point de vue de Rüdiger Nebelsieck, avocat de Hambourg spécialisé
en droit administratif, des éléments constituant une infraction
de réception de dons.
Selon Me Nebelsieck, les représentants de la commune " manifestement
sans avoir aucunement connaissance du caractère illicite des faits
commis, se sont laissés acheter les décisions en matière
d'urbanisme réglementaire via une vente jumelée ".
Dans le contrat passé entre la SARL du parc éolien et la
commune, pour installer 40,5 MW de machines, on peut lire :
" L'application de cette mesure représente une atteinte au
paysage qui n'est pas sans importance. Afin que cette atteinte soit également
acceptée par la population, il est mis à la disposition
de la commune, une allocation unique pour des mesures génératrices
de patrimoine ". Suit une phrase qui exprime clairement ce dont il
s'agit pour les exploitants : " Le montant de l'allocation dépend
de la puissance maximale en MW qu'il est possible d'installer du point
de vue du droit de construire, et s'élève à 10000
DM par MW ". Et pour que les représentants de la commune saisissent
bien qu'il vaut mieux accorder de larges autorisations plutôt que
des petites, on donne un exemple de calcul : " 270000 DM pour 27,0
MW et 405000 marks pour 40,5 MW ". Quant à savoir si la dénonciation
de M. Nebelsieck à l'encontre des représentants municipaux
peut encore arrêter le projet, cela reste sans réponse. Le
ministère public compétent a certes engagé une procédure
dans ce cas, ainsi que dans cinq autres cas dans la région, "
mais que cela soit ou non répréhensible ", selon un
enquêteur, " ce n'est pas clair et il y a là une zone
d'ombre juridique ".
La commune de Hohne, près de Celle, en Basse Saxe, s'est assurée
tout un lot de bienfaits : elle touche une part du bail, s'élevant
à 19 %, sur les contrats entre les propriétaires fonciers
et l'investisseur. A cela, viennent s'ajouter des primes par éolienne,
lors de l'octroi du permis de construire. Bien entendu, le péage
routier cher et exclusif pour l'exploitant ne fait pas défaut,
en l'occurrence, jusqu'à 40 000 euros par an. Et comme les citoyens
doivent aussi être servis : des " parts à prix avantageux
" leur sont garanties dans la société d'exploitation
à créer ".
C'est le Landrat de Celle (grand conseil) qui, le premier, a mis un frein
aux idées de richesse des communes avides. Une directive des autorités
a déclaré " nul " ce genre d'accord et mentionne
: le " véritable objectif des services " qui se trouve
derrière les accords, à savoir gagner la " bienveillance
" des communes dans les processus de construction et d'autorisation,
est aujourd'hui dévoilé.
[Photo en haut de la page 9] :
Production de pales d'hélice (au Danemark) : le calme au lieu d'une
brise fraîche
L'EXPLOITANT DES EOLIENNES
Menaces, corruption ou tout simplement un marché
particulièrement disputé : pour les fabricants et les exploitants
de ce secteur, les conditions commerciales se sont dans tous les cas durcies.
Après des années de boom de la construction, les surfaces
pour de nouvelles zones aptes fortement ventées, se sont progressivement
raréfiées. Parallèlement, les critères de
subvention vont devenir plus pointus dans les prochaines années,
et l'approbation de la population diminue. Dans les titres de la presse
économique, on parle désormais plus souvent de " calme
" que de " brise fraîche ".
C'est la première fois de sa jeune histoire que l'industrie éolienne
se trouve en panne. Il faut maintenant trouver de nouveaux débouchés,
et surtout une meilleure image.
Parmi les exploitants d'éoliennes allemands, Fritz Vahrenholt est
devenu l'homme de la situation. Vahrenholt a autrefois représenté
les intérêts de l'industrie pétrolière, en
qualité de membre du directoire de Shell. Auparavant, il était
ministre de l'environnement dans le Land de Hambourg et, en même
temps, chef du conseil de surveillance de l'ancien groupe d'électricité
de la ville HEW. Ce groupe, du temps de Vahrenholt, exploitait quatre
centrales nucléaires, dont celle de Brunsbüttel. Depuis trois
ans, il dirige la société d'énergie éolienne
Repower. Une éolienne géante près d'une centrale
nucléaire comparativement de petite taille, voila son projet. C'est
un peu son triomphe et une victoire symbolique : en effet, il y a plus
de dix ans, l'ancien ministre avait déjà pour objectif de
" fermer Brunsbüttel entre 2000 et 2005 ".
Nucléaire, pétrole et vent : Vahrenholt représente
le changement dans l'économie de l'énergie. Depuis longtemps,
il est devenu une sorte de prophète dans sa récente branche
d'activité. Pour lui, trois raisons expliquent pourquoi l'énergie
éolienne est incontournable : la pénurie des ressources
classiques, la dépendance des importations et les changements de
climat.
Vahrenholt sait expliquer cela avec des illustrations saisissantes : de
nombreux cercles, petits, moyens et grands, symbolisent là, par
exemple, les gisements de gaz naturel en Europe en 1999. En 2025, on ne
voit plus que deux cercles sur sa carte géographique : un petit
au Turkménistan et un grand en Russie. Pour les ressources pétrolières,
il n'en va pas autrement : à un moment ou à un autre entre
2010 et 2020, la courbe affiche une chute à pic. " En 2025,
il n'y aura plus de pétrole " dit Vahrenholt. La situation
va encore s'aggraver par l'explosion de la demande énergétique
en Extrême-Orient. Et en Chine, il naît " tous les deux
ans, un nouveau Japon ". Les énergies classiques deviendraient
ainsi plus chères et plus rares et l'énergie éolienne
meilleur marché et plus puissante. A un moment ou à un autre,
les deux tendances vont se croiser. " A ce moment-là, nous
serons les fabricants à bas prix dans le réseau électrique
allemand ", promet-il.
Pour lui et ses concurrents, les coûts de l'énergie éolienne
sont depuis longtemps devenus le point important. Depuis que le ministre
de l'économie, J. Clement, attaque l'électricité
écologique, il veut montrer, après l'historique du succès
écologique, celui du succès économique de la corporation
des hélices : c'est l'histoire d'un secteur florissant, qui fait
trois milliards d'euros de chiffre d'affaires par an et qui, selon ses
propres estimations, a déjà créé 45 000 emplois.
Dernièrement, les contrecoups se sont cependant accumulés
: ainsi, après une année de conjoncture favorable en 2002,
il y a eu, pour la première fois, l'année dernière,
moins d'éoliennes construites. Des opérateurs comme Nordex
sont même passés dans le rouge.
Les affaires à l'exportation aussi vont moins bien qu'espéré.
Moins de 30 % seulement de la production allemande d'éoliennes
est vendue à l'étranger - cette part est de 70 % pour la
construction allemande de machines et d'installations. Et pendant que
les concurrents danois, qui de toute façon occupent les premières
places au niveau mondial, renforcent leur position par des fusions, la
branche allemande reste éclatée. " Le rêve d'entreprises
individuelles de moyenne importance pouvant prétendre être
à la pointe de la technologie mondiale, est terminé pour
presque tous les opérateurs ", peut-on lire dans une étude
de la banque privée M.M. Warburg.
Cette dure réalité affecte également parmi d'autres,
Plambeck Neue Energien AG. Cette ancienne star de la branche (cours actuel
: 2,35 euros) est en deuxième position sur la liste des plus gros
destructeurs de capital que l'Association allemande de défense
des porteurs de titres a établi parmi quelques 400 candidats.
De surcroît, après trois années inhabituellement peu
ventées, la faillite menace quelques exploitants sur le continent.
Ceux-ci se sont aveuglément fiés à des prévisions
optimistes.
Vahrenholt a, lui aussi, dû faire cette expérience. Il a
construit une éolienne à titre privé dans les landes
de Lünebourg. Ces trois dernières années, elle n'a
pas atteint ce qu'il espérait.
[Photo en haut de la page 11] :
Travaux de maintenance (à Mecklenburg-Vorpommern) : plus de réparations,
moins de rapports
De vains rapports Participation des fonds de l'énergie
éolienne
Prise de participation 52 500 €
Économie d'impôts par Affectation aux pertes
- 24 026 €
Apport réel 28 274 € RISQUE POURLE RENDEMENT
Versements du fonds prévus jusqu'en 2023 139 500 € !
Expectative quant à Charge fiscale sur les l'arrivée du
vent versements - 61 447 €
Frais de réparation etVersements après impôts 78 053
€ de maintenance élevée
Gain de patrimoine + 49 579 €
Source : Société de gestion du fond
LE MIX ELECTRIQUE
Hans Hellmuth, Président de E.on, filiale de E.dis,
est responsable d'un important réseau électrique en Allemagne
de l'Est. Ce réseau s'étend de Rostock jusqu'à frontière
polonaise le long de la Baltique ainsi que dans les environs de Berlin.
L'intensité du vent permet à l'entreprise d'enregistrer
des valeurs record en Allemagne. En 2020, les énergies renouvelables
devraient produire sur toute l'Allemagne 20 % des besoins en électricité.
E.dis a déjà légèrement dépassé
cet objectif.
" Nous n'avons plus de capacités pour les énergies
régénératives ", déclare Hellmuth. Ses
lignes sont saturées, plus rien ne peut plus passer.
Car le problème de l'énergie éolienne c'est le vent.
Lorsqu'il souffle avec violence, l'excédent d'énergie produit
dans le Nord-Est est écoulé vers la Pologne, afflue de là
vers la République tchèque et revient via la Bavière.
" La coupe est pleine ", dit Hellmuth.
Les exploitants font malgré tout la queue. Ils veulent encore installer
le triple de la production éolienne actuelle. Pourtant, E.dis décline
toute commande sur des parties de réseau particulièrement
chargées comme celle de Uckermark. Plus de 100 éoliennes
pourront être reliées au réseau, mais dans un second
temps seulement. Hellmuth doit commencer par construire une nouvelle ligne
à grande capacité de 26 kilomètres de long de Prenzlau
à Pasewalk, et cela peut prendre du temps. Dans de tels cas, les
autorisations nécessaires peuvent concerner jusqu'à 20 autorités
différentes.
Entre-temps, le boom des éoliennes est devenu un défi en
Allemagne. Pendant longtemps, la dynamique de ce nouveau secteur d'activité
a été sous-évaluée. Les régions où
le vent est suffisamment violent pour que de telles installations soient
rentables, croyaient-ils, étaient insuffisantes en Allemagne. Le
directeur à l'époque de E.on, Ulrich Hartmann, pensait encore
il y a deux ans que la tendance s'inverserait d'elle-même.
Les faits ont montré de façon éclatante combien cette
prévision était erronée. Et la croissance de l'énergie
éolienne est loin d'en être à sa fin.
Bien que la République fédérale ne fasse pas partie
des régions les plus venteuses du monde, elle figure en tête
du classement international en termes de puissance installée. Dès
la fin 2002, les éoliennes installées en Allemagne généraient
une capacité
(Photo)
Un responsable de l'énergie éolienne, Vahrenholt : "
En 2025, il n'y aura plus de pétrole "
de près de 12 000 mégawatts, soit trois fois plus que celle
des États-Unis avec 4 700 mégawatts. Avec respectivement
147 et 46 mégawatts, les pays voisins directs que sont la France
et la Belgique ont produit une infime fraction de la capacité produite
chez nous.
Les conséquences de cette explosion unique en son genre à
travers le monde sont dramatiques pour l'industrie électrique.
Selon la loi, les fournisseurs d'électricité sont tenus
en Allemagne de garantir un approvisionnement en électricité
à toute heure du jour et de la nuit.
Il s'agit là d'une mission particulièrement difficile, même
sans vent. Les besoins et la production de réseaux gigantesques
doivent être harmonisés en quelques secondes. Pour mener
à bien cette tâche délicate, le géant électrique
allemand E.on possède un centre de gestion des réseaux dans
les environs de Hanovre. Sous la surveillance de caméras et barricadées
derrière des vitres blindées totalement hermétiques
à l'extérieur, toutes les informations sur le réseau
électrique affluent ici, dans la seconde, via de nombreuses lignes.
(Photo)
Centre du réseau d'E.on à Lehrte : Certains jours d'été,
le vent a si peu soufflé que la quantité produite a été
quasiment nulle
Si, dans la région de la Ruhr, des usines d'aluminium
et d'acier réduisent leur production, des diodes lumineuses signalent
sur un grand tableau de contrôle la baisse rapide de la consommation.
Ces lumières clignotent également lorsque dans une centrale
nucléaire un bloc électrique tombe en panne.
Les ingénieurs du centre de réseau doivent alors réagir
en un éclair. Les énormes turbines à gaz sont débranchées
immédiatement pendant un certain temps, les vannes d'usines hydroélectriques
sont fermées pour adapter la production à la consommation
de chaque instant De plus, les gestionnaires de réseau conservent
à chaque seconde ce que l'on appelle des capacités de réserve
pour pouvoir également réagir à des conditions exceptionnelles
telles que panne d'une usine électrique ou coupure de lignes haute
tension en Allemagne et à l'étranger.
" Le travail dans les quartiers de haute sécurité a
toujours été difficile ", déclare le responsable
de l'exploitation de réseau Nord, Norbert Schuster. Par le passé,
les interventions assez importantes sur le réseau étaient
plutôt " rares ". La raison : la production des centrales
électriques était planifiée à la minute. Ce
n'est que lorsque des réparations étaient prévues
ou que des pannes survenaient tout à coup en raison de problèmes
techniques que les ingénieurs devaient jongler avec leurs capacités
de réserve pour éviter toute éventuelle coupure de
courant dans le pays.
Le calme a disparu avec l'explosion de l'énergie éolienne.
En effet, la capacité installée des éoliennes n'a
aucun rapport avec la quantité d'électricité écologique
réellement produite. Supposons que le vent souffle énormément
et que toutes les éoliennes puissent fonctionner de façon
optimale, cela suffit pour couvrir plus de 15% de l'ensemble de la consommation.
Ce ne sont là cependant que des valeurs théoriques.
D'après nos calculs, le vent a soufflé de
telle sorte dans la région où est implanté le réseau
d'E.on qu'en 2002, la production n'a atteint 50% de la puissance installée
que pendant 36 jours. Pendant 150 autres jours, on a atteint moins de
10% de la puissance théorique. Certains jours d'été,
le vent a été si faible que la quantité produite
a été quasiment nulle. En revanche, certains jours de tempête
en automne, elle a grimpé à 80 ou 90% de la puissance installée.
" La marge est énorme ", souligne un technicien d'E.on
chargé du réseau. Les prévisions de vent prises en
compte dans la planification n'y changent pas grand chose. Les prévisions
réelles ne sont possibles la plupart du temps qu'à 24 heures.
Comme il y a également des jours où quasiment aucune électricité
éolienne n'est produite, les gestionnaires de réseau doivent
conserver à disposition dans des centrales électriques normales
l'équivalent d'une grande partie de la puissance éolienne
installée existante. Pour garantir une alimentation sans failles
en électricité, lit-on dans les documents internes de la
filiale, " pour chaque mégawatt d'énergie éolienne,
800 à 900 kilowatts de capacités de réserve doivent
être disponibles ".
Cela ne présente pas de problème d'un point de vue technique,
mais réduit l'utilité écologique de la puissance
éolienne et surtout coûte un certain prix. Pour équilibrer
les pics du réseau, des turbines à gaz ou d'immenses blocs
de centrales électriques doivent être rapidement mis en service
ou à nouveau mis hors service. Rien que ces coûts s'élèvent,
selon des chiffres publiés par l'industrie électrique, à
plusieurs centaines de millions d'euros par an.
Même si ces chiffres sont exagérés, comme le blâment
des détracteurs, le fait est qu'ils alourdissent encore la facture
d'électricité des clients, sans compter les paiements déjà
élevés à l'énergie éolienne. En effet,
les compagnies d'électricité peuvent répercuter une
partie des frais liés à la gestion du réseau et ils
ne s'en privent pas. À la fin de l'année dernière,
E.on a augmenté de plus de 10% les taxes sur l'utilisation du réseau,
hausse qui a été répercutée sur le prix général
de l'électricité. Motif : la charge croissante des réseaux
électriques par l'énergie éolienne.
Dans certaines parties plus petites de la République telles que
Uckermarck, les réseaux ne sont déjà plus assez développés
pour satisfaire les exigences. Au Schleswig-Holstein, E.on a même
dû déjà " verrouiller " (selon le terme
technique " plusieurs grands parcs d'éoliennes du réseau,
sinon la distribution en électricité se serait effondrée
dans certaines parties du pays.
Raison de l'intervention spectaculaire des ingénieurs en charge
du réseau : compte tenu de la densité de la population relativement
faible et de la présence rare de l'industrie, les lignes ne sont
conçues que pour une exploitation normale. Les rafales de l'automne
et du printemps permettent cependant aux immenses parcs éoliens
de produirent - au moins pendant quelques heures - des puissances telles
que les fils s'affaissent par effet Joule.
Toutes les tentatives visant à inciter les gestionnaires de parcs
d'éoliennes à freiner volontairement la production d'énergie
dans des conditions météorologiques extrêmes pour
écarter tout danger pour l'ensemble du réseau ont échoué.
" Nous n'avions plus d'autre possibilité que de découpler
momentanément les parcs d'éoliennes du reste du réseau
", explique Schuster.
Les équipements des réseaux électriques allemands
doivent donc être rapidement complétés, surtout dans
le Nord. Selon les planifications internes des gestionnaires de réseaux,
" au moins 500 millions d'euros " devraient être investis
au cours des prochaines années pour adapter les réseaux
aux nouvelles exigences.
C'est le client qui en paie finalement le prix. En effet, ces coûts
peuvent également être répercutés en partie
par les compagnies d'électricité sur les factures normales
d'électricité.
(Photo)
Centrale électrique au charbon Mahrum, éoliennes : L'essor
chèrement payé
LE BILAN EOLIEN
Mis à part son utilité écologique, les coûts
réels de l'énergie éolienne sont au centre du problème
de son développement. Les charges financières sont-elles
aussi faibles que le promettent les supporters du Ministre de l'Environnement
? Où bien l'électricité produite par les éoliennes
constitue-t-elle une nouvelle charge de plusieurs milliards à long
terme pour les consommateurs et l'industrie ?
Seuls 1,5 milliards d'euros ont été investis dans la promotion
des énergies renouvelables, selon les calculs des défenseurs
de la puissance éolienne. Chaque client est grevé "
au maximum d'un euro par mois ", nous assure-t-on.
Les détracteurs élaborent des scénarios totalement
différents. Ainsi, l'Energiewirtschafliche Institut de l'Université
de Cologne prévoit une augmentation des subventions de la CCE à
environ 5 milliards d'euros jusqu'en 2010. Les estimations internes du
géant hessois RWE tablent sur une possible augmentation des subventions
à l'énergie éolienne jusqu'en 2019 à près
de sept milliards d'euros.
 |
Il n'existe cependant à ce jour aucun chiffre
réellement fondé sur les conséquences écologiques
et économiques de l'énergie éolienne. C'est également
la raison pour laquelle le débat sur les avantages et les inconvénients
est plus une guerre idéologique qu'une dispute fondée
sur des faits.
Trois instituts économiques renommés ont mené
une vaste étude fondée, il y a de cela quelques mois,
pour le compte du Ministre de l'Économie. Pourtant, Clement
a gardé fermement sous clé jusqu'à présent
ce que l'Energiewirtschafliche Institut de l'Université de
Cologne, l'Institut für Energietik & Umwelt (EWI) et le Rheinische-Westfälische
Institut für Wirtschaftsforschung (RWI) ont compilé sous
le titre " Effets économiques et écologiques de
la loi de promotion des énergies renouvelables " (Gesamtwirtschaftliche
sektorale und ökologische Auswirkungen des Erneubaren Energien
Gesetzes, EEG).
Il y a une bonne raison à cela. Les résultats de l'étude
sont explosifs et remettent fondamentalement en question le prestige
écologique et économique de la coalition rouge-vert.
D'après le bilan objectif des économistes, les conséquences
écologiques positives de l'énergie éolienne sont
plutôt modestes en regard du volume des subventions. D'un point
de vue économique, une promotion excessive nouvelle aurait
même des répercussions négatives sur le marché
de l'emploi.
L'étude se base sur les plans gouvernementaux d'accroître
la part des énergies renouvelables de 8% actuellement à
12,5% en 2010. Si cet objectif était atteint et compte tenu
du prix payé prévu dans la loi EEG pour l'électricité
fournie au réseau, les subventions totales passeraient de 2,4
millions d'euros actuellement à près de 3,5 milliards
d'euros à partir de 2010, selon les calculs des instituts.
De l'avis des auteurs de l'étude, cette somme n'a plus aucun
rapport avec l'utilité écologique. Car les milliards
supplémentaires injectés ne permettraient seulement,
selon leurs calculs, qu'une réduction supplémentaire
d'environ 6,3 millions de tonnes de CO2. Malgré une augmentation
continue du nombre d'éoliennes, la quantité augmentera
jusqu'en 2010. Les émissions totales de CO2 de la production
allemande d'électricité devraient atteindre 305 millions
de tonnes sans le supplément d'électricité lié
à la loi EEG - en doublant la production d'électricité
promue par la loi EEG, on atteindrait 297 millions de tonnes.
La raison de ce résultat décevant est simple. Jusqu'à
présent, l'électricité éolienne remplaçait
principalement l'électricité produite par les centrales
thermiques à houille surannées. Le bilan des mesures
mises en uvre jusqu'ici est proportionnellement positif. Le
chef de projet responsable du RWI, Bernhard Hillebrand, précise
qu'actuellement les centrales éoliennes permettent une réduction
d'environ 600 grammes de CO2 par kWh d'électricité produit
par rapport aux énergies conventionnelles. Au total, environ
26 millions de tonnes de l'ennemi climatique sont tout de même
évités chaque année.
Pourtant, la constitution du parc d'éoliennes va connaître
de profonds bouleversements au cours des prochaines années.
Un grand nombre d'anciens fourneaux à charbon sont modernisés
de toute façon. Plusieurs seront remplacés au cours
des prochaines années par des centrales à gaz nettement
plus écologiques.
Cela a des répercussions dramatiques sur le bilan écologique
de l'électricité éolienne. Comme le gaz a autrefois
remplacé la consommation de la houille pour produire de l'électricité,
l'énergie éolienne remplacera progressivement le gaz
dans quelques années. Les instituts ont évalué
l'économie par kilowattheure à tout juste 400 grammes.
Avec une augmentation aussi brutale de la quantité d'électricité
éolienne, l'industrie électrique doit en outre fournir
plus d'énergie de régulation pour compenser les variations.
Un grand nombre d'installations ne pourraient plus être exploitées
de manière optimale du fait que des blocs entiers de centrales
électriques doivent être rapidement mis en service et
hors service. |
Dans ce contexte, estime Hillebrand, une adaptation des
taux de promotion est souhaitée de toute urgence. À moyen
terme, les rétributions pour le courant fourni au réseau
devraient être considérablement réduites ou l'ensemble
du système reconverti en un modèle économique transparent
comme le commerce de droits d'émission actuellement discuté.
Car pour le consommateur et l'ensemble de l'économie, une poursuite
du système serait une entreprise risquée particulièrement
coûteuse. Ainsi, le doublement ambitionné par la loi EEG
de la part des énergies renouvelables dans la production d'électricité
alourdirait fortement les prix de l'électricité. Un consommateur
d'électricité moyen devrait, selon le calcul des trois instituts
de recherche, tabler sur un Supplément, dès 2010, de près
de 12,20 euros par an.
(Photo)
Installation offshore (au Danemark) : Destruction de l'environnement au
nom de gains énergétiques soi-disant écologiques
La perte de pouvoir d'achat liée aux milliards de
subventions se traduira finalement, selon eux, dans le produit national
brut. Une baisse de 0,02% serait un moindre mal. Mais, selon les calculs
des instituts, on ne peut pas parler d'un boom comme le promettent les
défenseurs de l'énergie éolienne.
Même les effets sur l'emploi sont négatifs à long
terme selon leur analyse. Certes, du fait des investissements élevés
au départ, 32 600 nouveaux emplois seraient créés
en Allemagne d'ici 2004. Mais la courbe fléchit par la suite et
s'inverse même avec la fin des investissements. Au final, selon
les estimations des scientifiques, quelques 6 100 emplois seraient perdus
d'ici 2010 du fait des pertes de pouvoir d'achat et des adaptations dans
l'industrie électrique.
Les défenseurs de l'énergie éolienne tels que Fritz
Vahenholt réfutent de tels arguments. Pour eux, les promotions
sont uniquement un financement incitatif. À long terme, leurs éoliennes
produiront de l'électricité à un prix identique à
celui des centrales électriques conventionnelles. Principal motif
de cette hypothèse optimiste : des prix en hausse pour les porteurs
d'énergies fossiles et une amélioration de l'efficience
de leurs tours d'acier.
Il n'est pas certain que les prix de l'énergie conventionnelle
augmentent de la sorte, comme l'espère le secteur éolien.
Les instituts de recherche partent du principe, à l'heure actuelle,
que les prix des matières premières resteront quasiment
stables au moins jusqu'en 2012. Si ces prévisions s'avéraient
exactes, les fabricants d'éoliennes ne seront pas compétitifs
avant plusieurs années. Au contraire : les experts de Clement escomptent
pour le moins que l'électricité produite à partir
d'énergies renouvelables sera facturée encore en 2010 "
plus du double du prix de gros de l'électricité ".
L'industrie énergétique commence elle-même seulement
lentement à entrevoir le prix du boom de l'énergie éolienne.
Dans un rapport sur l'énergie éolienne bouclé il
y a quelques jours, E.on a calculé que, déjà l'année
dernière, le groupe a dû verser environ 770 millions d'euros
aux exploitants d'installations à titre de "rétributions
pour le courant fourni au réseau", une tendance en hausse.
À cela se sont ajoutés environ 100 millions d'euros pour
la mise à disposition de " centrales électriques fantômes
". Comme les rétributions, ces coûts sont également
supportés au final par les consommateurs. Mais cela n'apparaît
pas clairement sur la facture d'électricité. L'industrie
se plaint qu'au lieu de présenter ces sommes normalement comme
des coûts liés à la loi EEG, , ils sont répartis
sur les tarifs normaux d'électricité par le biais de coûts
d'utilisation du réseau.
Il est pourtant très important d'établir le bilan des coûts.
Car ce n'est que sur la base de chiffres exacts que les jalons de l'approvisionnement
futur en énergie du pays peuvent être correctement établis.
Jusqu'à présent le principe d'un mix énergétique
équilibré s'appliquait pour minimiser la dépendance
vis-à-vis de matières premières et de pays exportateurs
particuliers et pour garantir à long terme la sécurité
des approvisionnements. A partir de maintenant, on ne sait absolument
pas où les allemands souhaitent prochainement s'approvisionner
en énergie. Or le temps presse, 27,8% de l'électricité
allemande est issue d'importations de gaz couvrant actuellement environ
9,8% de la production d'électricité. Mais une part trop
importante accroîtrait la dépendance vis-à-vis des
fournisseurs de l'ancienne Union soviétique et pèserait
sur les prix.
Les grands producteurs allemands d'électricité misent aussi
depuis longtemps sur la mise en service de nouvelles centrales électriques
modernes à houille et lignite (environ 50% de la production actuelle).
Les constructions en phase finale, d'usines modèles ont nécessité
plusieurs milliards d'investissement. RWE, Vattenfall et E.on craignent
que ces investissements, qui vont dépendre du commerce des droits
d'émission de CO2, ne soient tout simplement pas rentables.
Dans un contexte plus général, la politique énergétique
du Ministre de l'Environnement s'avérerait alors très délicate.
L'industrie énergétique en prend lentement conscience. Avec
des instruments tels que le commerce de droits d'émission, on augmente
le prix des énergies classiques. Cela accroît les chances
de voir l'énergie éolienne, également coûteuse,
devenir effectivement concurrentielle dans quelques années.
Mais à quel prix tout cela ? Combien d'emplois vont disparaître
à cause de la hausse du prix de l'électricité due
à cette politique ?
Tranquillement et en secret, la branche électrique s'est déjà
préparée à cette nouvelle politique énergétique.
Si les arguments rationnels ne comptent plus, entend-on dire parmi les
dirigeants de RWE, on devrait au moins garantir une partie des milliards
de subventions. C'est ainsi que RWE et E.on s'intéressent discrètement
à des projets pilotes d'installations offshore en mer du Nord et
en Baltique.
D'ici 2030, le gouvernement allemand souhaite produire en pleine mer environ
15% des besoins allemands en électricité (84 TWh) Plus de
30 parcs éoliens sont prévus au large des côtes où
nul ne pourra venir se plaindre. Mais rien n'est encore fait.
Les dépenses seront dans tous les cas gigantesques. 70 kilomètres
de câbles devront être déployés rien que pour
relier au continent les 12 machine du projet approuvé de "Borkum
West". Les fondations devront être ancrées à
une profondeur de 30 mètres sous l'eau.
Nul ne sait encore à ce jour si cela est techniquement possible,
ni combien cela va coûter : on parle d'un total de plus de 2,8 millions
d'euros d'investissements.
Et ceux-là même qui se sont battus jusqu'à ce jour
pour le parc naturel de Wattenmeer, souhaitent aujourd'hui orner les précieux
espaces écologiques et touristiques de la mer du Nord et de la
mer Baltique de centaines ou de milliers de rotors en acier : une destruction
de l'environnement au nom de gains énergétiques soi-disant
écologiques.
Le défenseur de l'énergie éolienne, Varenholt, prend
part lui aussi à la course aux implantations maritimes. Sa tour
éolienne de Brunsbüttel est conçue en fin de compte
pour être utilisée en mer.
Sur la terre ferme, la construction et l'exploitation de sa grande machine
" REpower 5M " sont beaucoup trop chères pour le moment,
tout au moins pour produire de l'électricité. L'éolienne
de 180 mètres de haut peut servir un autre objectif à un
prix avantageux et de manière rentable par comparaison : protéger
les centrales électriques nucléaires contre les risques
d'attentats terroristes. Selon Vahrenholt, trois de ces installations
implantées devant chaque centrale nucléaire empêcheraient
toute incursion d'avions détournés. Ces éoliennes
auraient enfin une utilité économique et écologique.
Frank Dohmen, Frank Hornig
Seules les pertes sont considérées comme certaines
Parce que les résultats ont été enjolivés,
les magistrats du Parquet s'occupent à présent de différents
fonds éoliens.
" Des rapports de bonne foi " promet Prokon Capital
GmbH pour son fonds. Le parc éolien rapporte des gains annuels
de 10% et un " résultat fiscal de - 100% ", annonce-t-on
pour appâter les épargnants à la recherche de détaxes
fiscales à orientation écologique comme à Itzehoe.
Pour le fonds éolien actuel du comptoir environnement de Renewable
Energy, on promet des versements " d'environ 16 % par an en moyenne
(remboursement de l'apport initial y compris) ". " Des mises
de fonds foncièrement sûres ", vante Abo Wind AG, dans
les publicités de magazines écologique, pour son parc citoyen
d'éoliennes de Wennerstorf.
La perspective d'une conscience pure, des rapports à deux chiffres
et des économies d'impôts à trois chiffres ont attiré
quelques 130000 hauts salaires dans les fonds éoliens. Les nouveaux
exploitants d'éoliennes se réjouissent à présent
à chaque coup de vent balayant la République. Ils sont co-possesseurs
de fonds fermés qui, depuis 1996, ont implantés plus de
15 000 éoliennes, pour un total de plus de sept milliards d'euros.
Sans les incitations d'importantes détaxes fiscales pour les hauts
salaires, ce boom n'aurait pas été possible. Comme déjà
pour l'immobilier à l'Est, l'Etat dicte à coups d'incitations
massives, ce qui doit être construit et en quelle quantité.
Et il y a encore un autre parallèle : de même que pour les
centres commerciaux sans locataires, les bureaux et les logements en copropriété
vides dans les nouveaux Länder de la Fédération, beaucoup
d'investisseurs constatent que seules les pertes diminuant l'impôt
sont là comme promis. " On fait le même bide que pour
l'immobilier à l'Est", dit Mike Glückstein, avocat à
Munich qui représente de nombreux investisseurs lésés.
Le modèle de réduction d'impôts fonctionne de la manière
suivante : chaque euro placé dans la construction d'éoliennse
diminue la charge fiscale en étant affecté en perte. L'investissement
éolien est donc surtout attractif pour les plus gros salaires.
Par exemple, on peut avec la contribution générale de solidarité,
arriver à un taux d'imposition de 47 %. Alors, en affectant ses
pertes à 100 %, on fait participer le fisc au coût de son
investissement jusqu'à hauteur de la moitié, par le biais
des économies d'impôt réalisées. Ce n'est que
par la suite, lorsque le vent soufflera comme souhaité, que les
gains devront être déclarés aux impôts.
Pourtant, les recettes, contrairement aux affectations en pertes, ne sont
en aucun cas sûres. Les super-rapports de huit à dix pour
cent par an, promis la plupart du temps aux investisseurs par les opérateurs
des fonds, seront plutôt rares. Quelques fonds sont au bord de la
faillite.
Certes, il existe aussi des fonds qui tiennent à moitié
leurs prévisions et rapportent un bon rendement. Mais dans de nombreux
cas, des hommes politiques naïfs, des investisseurs avides et des
exploitants de fonds aux odeurs de roussi ont conclu des alliances malheureuses.
" On discute beaucoup à l'heure actuelle de la couleur de
l'électricité - la nôtre est verte ", disait
fièrement en novembre 1999 le maire de Willmersdorf, lors de l'ouverture
à Brandebourg du plus grand parc d'éoliennes de l'époque.
La société Provento, de Coblence, avait installé
30 machines de 70 mètres. Le député au Landtag (parlement)
de Rhénanie Palatinat Dietmar Rieth vantait à l'inauguration,
cette installation comme étant une contribution importante au développement
des énergies renouvelables. Peu de temps après, le porte-parole
des Verts au Landtag chargé de la politique énergétique
faisait carrière comme directeur de Provento.
Depuis 2003, la société de participations Provento n'existe
plus. Le Parquet de Coblence mène une enquête contre quatre
responsables de l'époque, dont l'ancien député au
Landtag M. Rieth. " Il y a contre les inculpés suspicion de
malversation (par utilisation contraire au but recherché de l'argent
des investisseurs) et d'insolvabilité ", dit le procureur
principal de Coblence, Jürgen Brauer. Des avoirs auraient circulé
frauduleusement entre certaines des 26 sociétés du fond
et des expertises critiquant l'éolien auraient disparu. D'après
ce que les magistrats du Parquet ont établi, deux collaborateurs
ont spéculé avec des fonds propres dans des actions en bourse.
Markus Schmuck, défenseur de M. Rieth, relativise les griefs du
Parquet. Selon lui, une enquête ne serait menée contre Rieth
que pour des problèmes d'insolvabilité et il ne serait pas
coupable.
" Les recettes des fonds sont inférieures d'au moins 50% aux
valeurs prévues" dit l'avocat M. Glückstein. Seulement
15 à 20 % sont imputables aux caprices du vent qui a moins soufflé
que la moyenne durant les trois dernières années. Cela n'empêche
pas d'imputer au vent tous les abus financiers des fonds. Selon M. Glückstein,
les recettes jusqu'à hauteur de 30 % et issues des prévisions
de Provento, apparaissent comme un pur artifice. C'est également
trop souvent le cas dans d'autres fonds.
Si le vent ne souffle que calmement, ou si les éoliennes fragiles,
ayant souvent besoin de réparations, restent trop longtemps arrêtées,
les fonds partent vite en vrille. Cela est dû à la part importante
des capitaux externes, qui est actuellement de 70 % en moyenne. "
Ces fonds sont financés de manière plus agressive que beaucoup
de fonds immobiliers ", estime l'expert des fonds Stefan Loipfinger.
Plus l'apport de capitaux externes est important, plus le pourcentage
d'économies d'impôts est élevé sur les fonds
propres engagés. Les banques suivent, car une grande partie des
crédits provient des banques publiques qui accordent des subventions,
comme le Kreditanstalt für Wiederaufbau (établissement financier
public pour la reconstruction). Ici aussi, l'Etat finance l'objectif apparemment
positif mais crée un effet incitatif douteux.
Pour quelques fonds de Provento, l'addition est déjà sur
la table. Pour sauver les fonds, les banques doivent renoncer à
certaines créances et les investisseurs mettre du bon argent après
le mauvais. " Pour sauver les fonds, les investisseurs doivent compléter
leur apport jusqu'à hauteur de 50 % de leurs parts ", dit
M. Glückstein. Les investisseurs seraient engagés jusqu'à
2,6 fois leur apport, et cette fois, il n'y aurait plus d'avantages fiscaux.
Pendant ce temps, les hommes politiques des environs de Cologne s'étonnent
de ce que la société Provento ne construise pas les deux
éoliennes d'une hauteur maximale de 99 mètres et autorisées
en avril 2003. Sur le territoire de la commune urbaine de Hürth,
ce sont 100 hectares qui ont été confisqués pour
ces tours éoliennes suscitant d'apres critiques. Les habitants
de Hürth feraient peut-être bien de se renseigner auprès
du Parquet de Coblence pour savoir à qui ils ont confié
l'embellissement de leur commune.
CHRISTOPH PAULY
[Photo au milieu de la page 10] :
Transport d'un générateur d'éolienne devant la porte
de Brandebourg, publicité pour un fonds : l'alliance d'hommes politiques
naïfs et d'exploitants de fonds aux odeurs de roussi
(Note de " Vent de Colère ! " : Abo Wind est bien connue
en France. Ses méthodes sont tout aussi critiquables qu'en Allemagne.)